Voeux de Marine Le Pen à la presse

/ 15 janvier 2018 / /

Nanterre, le 15 janvier 2018 – Marine Le Pen, Présidente du Front national, présentait ses voeux à la presse.

Mesdames, messieurs, chers amis de la presse écrite et audiovisuelle,

La nouvelle année, vous le savez c’est traditionnel, est l’occasion de nous voir et, pour nous comme pour vous, de prendre de bonnes résolutions.

Nous n’échapperons pas cette année, du moins je l’espère, à cette aimable tradition.

Elle fera peut-être que les rapports entre nous seront d’année en année plus sereins, moins militants et, en un mot qui est emprunté à nos formations de cadres à propos des journalistes, « plus professionnels ».

L’année 2017 a été une année politique longue, très longue.

Vous en savez quelque chose vous qui nous avez suivis tout au long de cette séquence interminable ; des primaires à la fin des législatives, le marathon politique aura duré un an.

Durant cette période, beaucoup de choses ont été dites, beaucoup ont été écrites, mais le plus important finalement c’est le profond changement auquel cette élection a abouti.

Vous journalistes politiques, vous qui êtes passionnés par les idées politiques, par les stratégies politiques, par la vie, les hommes et les dessous des partis politiques, vous devez certainement partager notre enthousiasme de voir émerger la nouvelle configuration politique que l’élection présidentielle a fait naître.

Enfin, il se passe quelque chose !

L’année qui vient et celles qui suivent ne vont ressembler à aucune autre ;

Votre génération de professionnels de l’information a la chance de vivre l’entrée de notre pays dans le XXI ème siècle politique ; elle aura le privilège d’avoir à couvrir une évidente recomposition idéologique et partant une profonde recomposition politique qui préfigure des changements de grande ampleur dans notre pays.

Vous n’aurez plus à commenter les fausses alternances, les élections sans enjeux et ces combats de catch politique truqués auxquels chacun feignait de croire ; vous n’aurez plus à vous torturer l’esprit pour déceler la différence entre des adversaires si similaires qu’il fallait chercher dans la micro-sémantique les signes d’une opposition entre eux.

Giscard avait entamé le rapprochement de la droite vers la gauche.

Mitterrand, après le tournant libéral de 1983, a engagé le rapprochement de la gauche vers la droite.

Le gouvernement d’Emmanuel Valls fut le point d’aboutissement de ces évolutions convergentes qui conduisaient le pays à des non-choix, à des alternances d’affichage, à des débats vides de toute direction idéologique.

Emmanuel Macron a eu le mérite de mettre sa roue dans celle du Front National pour dynamiter le clivage devenu artificiel entre la gauche et la droite et retrouver un clivage plus actuel, plus réel, plus en prise avec les grands enjeux politiques du siècle.

La nouvelle ligne de fracture idéologique sépare désormais les post-nationaux que nous appelons, vous le savez les « mondialistes » et les nationaux dont le Front National constitue le noyau central.

Cette nouvelle grille de lecture va s’imposer progressivement même à ceux qui croient la politique immuable.

Je rends hommage à M. Macron d’avoir eu l’honnêteté de s’affirmer ouvertement comme partisan de l’Union Européenne quand les autres n’avaient pas le courage d’assumer leur allégeance fondamentale et croyaient pouvoir cacher leur eurolâtrie derrière un euroscepticisme de circonstance.

Ce positionnement assumé de M. Macron et de son gouvernement va avoir le mérite de permettre de clarifier le débat.

Nous allons ainsi avoir la possibilité d’un débat véritablement démocratique qui permettra à chacun de faire son choix en toute connaissance de cause.

M. Macron nous a donné rendez-vous en janvier pour les accords de l’Elysée.

Il devrait s’agir d’un accord entre la France et l’Allemagne pour approfondir la construction européenne.

Sur la thématique européenne, nous ne nous déroberons pas.

Nous serons au rendez-vous avec des contre-propositions comme nous le serons sur le sujet tout au long de l’année.

Sur l’Europe, notre stratégie est une stratégie de conquête qui se décompose en quatre étapes :

  • Définir précisément notre projet pour l’organisation de l’Europe : il s’appellera l’Union des Nations Européennes (l’UNE) et définira précisément les instances qui régissent les coopérations entre les états du continent ;
  • Décrire précisément la période de transition entre l’UE et l’UNE c’est-à-dire concrètement les conditions techniques, juridiques, politiques et diplomatiques ;
  • Joindre à nous les forces souverainistes ou nationales sur une liste d’ouverture qui se présentera aux suffrages des Français ;
  • Défendre ce projet sur l’ensemble du continent grâce aux partis alliés présents dans tous les pays européens et qui enregistrent, pour beaucoup, de fortes poussées dans leur pays respectif ;

Vous le voyez, notre feuille de route stratégique pour les élections européennes vise non pas à témoigner, mais à constituer une majorité en Europe.

Depuis la rentrée de septembre, j’ai pris connaissance des multiples faire-part de décès du Front National qui ont été publiés ici et là.

Je les crois d’autant plus inopportuns qu’ils interviennent au moment où justement la recomposition idéologique nous place comme pôle d’une des deux alternatives proposées.

Il n’y a aucune raison que la recomposition idéologique que nous avions théorisée et que M. Macron a entérinée, ne se traduise pas politiquement.

Visiblement elle s’étend même en Allemagne où les européistes ont fait gouvernement commun dans la coalition des perdants Merkel/Schultz.

Quelle est la situation des forces politiques en France ?

Le PS a disparu bien sûr, entrainé par le fond par son résultat de 6 % à la présidentielle mais aussi parce qu’aux yeux même de ses partisans, il avait fini d’être utile.

Dès septembre, certains ont voulu voir dans « la France Insoumise » le principal opposant à Emmanuel Macron.

On a vu ce qu’il en est advenu.

L’insurrection citoyenne que les mélanchonistes ont tenté d’organiser a fait flop, les bons coups de « com » comme le paquet de nouilles brandi dans l’hémicycle, a montré ses limites et surtout les ambiguïtés de leurs élus sur l’islamisme ou la laïcité, non condamnées par M. Mélenchon, ont fini de marginaliser définitivement ce mouvement.

Il est aujourd’hui réduit à un groupe contestataire autour duquel rien de sérieux ne peut se construire.

Le parti « Les Républicains » suit une trajectoire similaire à celle du PS.

Il est sur la voie du Parti Radical, vous savez, ce processus qui conduit un ancien grand parti à n’être plus qu’un parti de témoignage, à n’être plus que le supplétif d’autres formations.

Je le crois touché à mort.

Il est, en interne, déchiré par ce clivage nationaux/mondialistes et est aujourd’hui paralysé par cette incohérence fondamentale.

La nouvelle donne politique joue pour M. Wauquiez et ses amis comme ces sables mouvants qui les font s’enfoncer au moindre mouvement

Pour beaucoup de LR, leur héros n’est pas Wauquiez, mais Macron.

Ils le voient avec admiration : ils l’ont rêvé, Macron le fait.

Le débat sur l’Europe qui s’ouvre risque de leur être fatal.

Les sondages à 12 % pour M. Wauquiez aux européennes montrent que pour les européennes nombre de ses électeurs ou de ses soutiens ont déjà rejoint En marche.

M. Juppé ne l’a pas encore officiellement quitté.

Le jour où cela arrivera le signal de la migration sera donné et le coup de grâce avec.

Voilà, au seuil de cette nouvelle année je tenais pour ceux qui s’inquiétaient sur notre sort à vous rassurer sur notre bonne santé.

Et c’est tant mieux car je crois que jamais le Front National n’a été si nécessaire.

On l’a vu pour la loi antiterroriste qui est un abaissement inadmissible de notre arsenal de protection ;

On l’a vu avec les revenants de Daesch où le gouvernement s’illustre par ses dangereuses et indignes tergiversations ;

On va le voir le projet de loi Collomb sur l’immigration qui ne fait qu’entériner la submersion migratoire que connaît la France et l’Europe.

La présidentielle a vu l’élection d’un homme souriant qui porte beau, mais n’a rien résolu.

Nous entrons avec M. Macron dans une société d’insécurités, insécurités au pluriel :

  • Insécurité professionnelle avec la loi travail qui tend à effacer les protections du droit du travail ; on le voit avec la rupture conventionnelle collective qui, dans votre profession, touche par exemple les personnels du Figaro.
  • Insécurité salariale ou insécurité des conditions de travail avec la mise en œuvre des accords d’entreprise qui vont contourner les garanties de la loi pour les salariés et les engagements individuels nés des contrats de travail ;
  • Insécurité sociale avec la remise en cause de l’assurance chômage ;
  • Insécurité sanitaire dont l’affaire Lactalis est un exemple ;
  • Insécurité culturelle avec des pratiques importées que l’on voudrait imposer aux Français

Que dire de l’insécurité dans laquelle sont placées les communes avec une mesure – la disparition de la taxe d’habitation- qui n’a été ni concertée, ni préparée, ni financée et laisse les maires désemparés.

Le couac gouvernemental sur le remplacement ou non par un autre impôt en dit long sur l’embarras du gouvernement à devoir mettre en œuvre une promesse du candidat Macron improvisée.

A côté de cette mesure qui porte atteinte à l’autonomie fiscale d’une institution essentielle à la démocratie de proximité, il y a aussi – et je sais que vous y êtes à juste raison sensibles- la liberté d’expression.

Vous avez vu l’attitude d’un groupe financier qui menaçait le journal le Monde de lui enlever des publicités.

Vous avez vu le FN privé des services bancaires et donc des moyens techniques de fonctionner pour avoir déplu aux dirigeants des groupes bancaires.

Et puis il y a les propos inquiétants de M. Macron sur ce qu’il appelle les « fake news »  et qui pourront servir de prétexte à l’introduction de la censure d’abord sur internet puis ailleurs.

M. Macron qui commémore les attentats du 7 janvier 2015 se sentirait-il en fait de moins en moins Charlie ?

En Allemagne, une loi sur le sujet a valu la censure d’une députée de l’AFD qui fut suivie peu après de la censure d’écrits de journalistes.

Qui jugera ce qui est une fausse information d’une vraie, un commentaire pertinent d’une bêtise, un développement acceptable d’une thèse irrecevable.

La liberté d’expression est conçue pour dire des choses qui éventuellement peuvent déranger, qui ne sont pas dans l’orthodoxie ambiante, des idées qui parfois offusquent.

C’est dans les dictatures que la liberté d’expression n’est autorisée que pour diffuser les vérités officielles.

Dans nos démocraties, il existe des lois et donc des juges pour établir les limites lorsque c’est nécessaire.

Nous ne devons pas déroger au principe de la liberté.

Je tenais à vous dire que si quelqu’un avait la volonté d’insécuriser la libre parole et la libre pensée, vous me trouverez toujours à leurs côtés et, compte-tenu des dérives prévisibles, probablement un jour à vos côtés.

Il ne s’agit pas pour moi de vous soutenir en tant que tels, ce n’est pas mon rôle, mais le Front National entend défendre un principe, un principe de liberté dont tout le monde doit pouvoir se prévaloir.

Enfin et sans que la liste des insécurités soit exhaustive, il y a l’insécurité physique.

66% des Français ne se sentent plus en sécurité.

C’est un niveau record que le baromètre Fiducial sur le sentiment d’insécurité vient d’atteindre.

Avez-vous remarqué la recrudescence des agressions au couteau ?

C’est le signe d’une société où les voyous qui sortent armés se sentent autorisés à faire régner leur loi.

Au Châtelet, un jeune voyageur a été poignardé à mort après une simple bousculade.

Je ne veux pas me contenter de dire, comme je l’ai lu, que ce jeune homme était là au mauvais endroit au mauvais moment.

Je ne parle pas des règlements de compte entre bandes, entre dealers, entre membres du grand banditisme, c’est tous les jours.

Ces morts-là qui ne m’arrachent pas vraiment de larmes traduisent tout de même l’intense activité des mafias dans notre pays.

Et puis, il y a les agressions contre les policiers et leurs familles, j’en ai parlé lors de mon déplacement auprès d’une bac parisienne.

Ou contre les agents de l’administration pénitentiaire, je me suis rendue, comme vous le savez, à Vendin-le-Vieil le lendemain de l’agression de 3 gardiens de prison par un islamiste.

Comment admettre que des agresseurs d’un policier et de sa femme roués de coups devant leurs enfants sur un parking aient pu être laissés en liberté ?

Comment admettre qu’aucune mesure particulière ne soit prise en prison à l’égard de véritables barbares qui n’ont aucun respect pour la vie humaine, afin d’assurer la sécurité des gardiens ?

Il y a là de quoi méditer sur les peines plancher qui doivent s’imposer à ces magistrats peu conscients de leur rôle social :   leur angélisme à l’égard des délinquants constitue une violation de l’état de droit pour les honnêtes gens ; ils ne perçoivent pas que l’arrogance des voyous qu’ils libèrent est vécue par les victimes comme une nouvelle agression.

Je voudrais revenir sur un sujet que j’ai effleuré, mais qu’il vous appartient à vous, presse d’information, je crois, de creuser.

Ce sont les violences perpétrées contre les familles de policiers : vandalisme sur les voitures ou contre les façades de logement, menaces contre les enfants à l’école, agressions physiques.

Si ce sujet n’est pas traité parce qu’il dérange, nous ferons le travail d’information.

Cette question est, pour l’instant, quasiment totalement passée sous silence alors qu’elle dénote une dérive inquiétante de notre société, une dérive sur laquelle je ne resterai pas muette.

Les associations de femmes de policiers existent.

Adressez-vous à elles et vous découvrirez une problématique totalement ignorée du grand public et ce qui est encore plus étonnant, totalement ignorée des magistrats et des pouvoirs publics.

Nous attendons aussi le débat sur l’immigration puisqu’avec une loi totalement cosmétique, M. Macron a visiblement décidé d’entériner la submersion migratoire de la France :

Regroupement familial des soi-disant mineurs, recul sur la liste des « pays sûrs », refus de permettre les moyens scientifiques pour mettre fin à l’escroquerie de la présomption de minorité.

Vous comprenez bien que nous ne le laisserons pas faire.

Nous aurons l’occasion de prendre des initiatives sur ce sujet de l’immigration et mènerons des opérations de sensibilisation du public comme des actions de terrain ou à l’Assemblée lors du débat parlementaire.

Monsieur Macron ira mardi à Calais, mais le problème de Calais ne se résout pas à Calais, ni à Londres d’ailleurs, mais à Paris et, hélas, à Bruxelles.

Vous le voyez, notre carnet de bal est bien rempli.

Parallèlement à ces initiatives extérieures, nous allons engager, en interne la grande refondation de notre mouvement.

Elle nous apparaît nécessaire pour placer le Front National au cœur de la recomposition politique qui s’annonce.

Pour être honnête, la refondation, je l’ai entreprise en 2011 au moment où les adhérents m’ont confié la présidence du mouvement.

En 2007, le FN était à 10% à la présidentielle et à 4,5% aux législatives.

Quelques années après, il est monté à 35 % à la présidentielle.

Il nous reste 15 % de Français à convaincre.

L’évolution du Front National doit donc se poursuivre pour lui permettre d’acquérir, sans aucune contestation possible, une culture de gouvernement.

Oui, c’est vrai, nous étions à l’origine un parti de contestation, nous sommes devenus un parti d’opposition.

Même si nous pouvons légitimement considérer que c’est en grande partie injuste, beaucoup ne nous font toujours pas le crédit d’être un parti de gouvernement.

Cet état de fait nous impose de remettre l’ouvrage sur le métier.

Nous sommes en train de nous y atteler.

Cela nous impose beaucoup de travail de fond pour construire des programmes précis sur l’Europe, les régions, les départements ou les communes.

Cela nous impose de redoubler d’efforts de formation pour disposer de cadres centraux et locaux encore plus performants.

Et puis, pourquoi le nier, il nous faut réaliser une véritable révolution culturelle qui doit nous conduire à nous mettre en situation de nouer des alliances, d’admettre des compromis, de faire preuve parfois de davantage de patience et donc de pragmatisme.

Ce travail sur nous-mêmes est fondamental.

Il doit se traduire par des pratiques internes rénovées dont la réforme des statuts intègre les principes.

Nous devons favoriser l’émergence des nouvelles personnalités qui ont rejoint le Front National depuis parfois longtemps, parfois plus récemment, mais sont restées inconnues de vous journalistes ou du grand public.

Le changement de nom que je proposerai aux adhérents mettra en évidence ce que sera ce nouveau front, un mouvement plus ouvert, plus divers, plus participatif, une force politique mieux préparée et mieux implantée, une force politique dont l’unique objectif sera de prendre le pouvoir pour redresser le pays.

Par nature, un appareil politique est conservateur, je sais les essentielles inerties, habitudes, nostalgies, mais le rôle d’un dirigeant politique est de proposer les moyens et changements pour accéder au pouvoir.

Voilà, mesdames et messieurs de la presse, ce que je voulais vous dire, j’espère que vous l’aurez remarqué sans langue de bois.

Au seuil de cette nouvelle année, permettez-moi de vous adresser à vous ainsi qu’à vos confrères, à vos organes de presse respectifs tout le meilleur pour 2018.

Je vous souhaite la liberté, celle que beaucoup de vos confrères perdent en ce moment même à travers le monde.

Elle n’est pas acquise, par la loi ou l’argent, elle peut se perdre progressivement. Je souhaite que vous y restiez attentifs.

Vous l’avez compris.

L’activité du Front National sera intense en 2018.

Vous qui suivez l’actualité et nous qui essayons de la faire, nous aurons à travailler beaucoup ensemble.

Que ce travail soit productif et serve la démocratie dont les médias et les partis politiques sont des piliers fondamentaux.
Bonne année 2018 à vous.