Super-profits du CAC40 : Comment en faire profiter les Français ?

/ 17 mars 2011 / Mots-clés : , /

Marine Le Pen, Présidente du Front National, tenait ce jeudi 17 mars à 17h à Nanterre une conférence de Presse sur le thème : « Super-profits du CAC40 : Comment en faire profiter les Français ? ».


Vidéo des réponses aux questions posées par les journalistes.



Voici le texte de la conférence de Presse sur les super-profits du CAC40 :

Mesdames, Messieurs,

Je vous remercie d’assister à cette conférence de presse, qui me permet de parler aux Français d’un sujet d’actualité que l’ensemble du monde politique a largement ignoré et sur lequel l’UMP et le PS ne proposent rien, alors qu’il représente un véritable enjeu pour l’avenir de notre pays, sa prospérité, l’équilibre de ses finances publiques, et la justice sociale.

Vous le savez, la semaine dernière les grandes sociétés du CAC 40 ont fini de publier leurs résultats financiers au titre de l’année 2010. Pour elles, le bilan est plus que positif : bénéfices nets en hausse de 85% à périmètre constant, soit un quasi doublement en un an, à 83 milliards d’euros au total, un chiffre qui retrouve quasiment son niveau de 2007, avant l’éclatement de la crise financière et économique.

Le champion incontesté des bénéfices reste Total, qui renforce même sa place cette année avec 10,6 milliards d’euros de profits, soit 25% d’augmentation en un an. Citons aussi France Télécom : 4,9 milliards d’euros de bénéfices, +62%, GDF Suez : 4,6 milliards d’euros (+3%) ou Vivendi (2,2 milliards d’euros,  et165% d’augmentation par rapport 2009).

Les grandes banques ne sont pas en reste : 34% de hausse pour BNP Paribas, et un bénéfice de 7,8 milliards d’euros. La Société générale voit son bénéfice exploser de 478% à 3,9 milliards d’euros l’an dernier. Je traiterai spécifiquement du cas des grandes banques tout à l’heure.

Si ces chiffres choquent à ce point les Français, ça n’est pas tant parce que les grandes entreprises font beaucoup de bénéfices. Après tout, en soi un bénéfice est toujours préférable à une perte, et nous ne devons pas souhaiter pour notre croissance et l’emploi que les grands groupes, fussent-ils du CAC 40, soient en déficit ou en difficultés financières.

Non, ce qui choque très légitimement les Français, c’est le terrible décalage qu’ils constatent entre la situation de ces grands groupes, plus florissante que jamais, et la leur, marquée chaque semaine davantage par l’avancée de la crise et les conséquences des plans d’austérité que les dirigeants européens ont décidé d’imposer aux peuples, se refusant à envisager d’autres solutions.

Les Français ont raison d’être choqués par l’injustice sociale effroyable que représente ce décalage entre d’un côté des montagnes de bénéfices amassés, et de l’autre côté une situation qui se dégrade, sur le front de l’emploi et du pouvoir d’achat.

C’est ce sentiment de ne pas profiter des fruits de leur travail, parce que ces bénéfices ne sont pas venus de rien mais bien du travail et de l’ingéniosité des Français, qui exaspère nos compatriotes.

C’est aussi le sentiment de centaines de milliers de petits chefs d’entreprise, qui travaillent dur au quotidien pour porter à bout de bras une petite société à la trésorerie toujours fragile.

Aujourd’hui, je dessinerai donc des pistes de solution destinées à combler ce décalage, et à permettre aux Français, par différents biais, de profiter beaucoup plus largement de ces bénéfices qui sont aussi les leurs. Alors que le gouvernement de Nicolas Sarkozy et l’UMP ne font rien dans ce domaine, alors que le PS est muet sur la question, le Front National a des solutions qu’il va exposer aux Français.

Que Nicolas Sarkozy ne souhaite pas remettre en cause une situation qui bénéficie aux nombreux amis, « meilleurs amis » et même « frères » qu’il compte au sein du CAC 40, on peut le comprendre…

Mais s’agissant du PS, qui se prétend du côté des plus pauvres, c’est étonnant…Ceci dit, non, permettez-moi de réparer une injustice.

Il n’est pas exact de dire que le PS est muet sur le sujet.

En réalité, Michel Rocard a parlé du CAC 40, ou plutôt au CAC 40, et sous ses applaudissements, lors de la dernière université d’été du Medef, à laquelle il était invité sur le campus d’HEC. L’occasion pour lui de faire un incroyable et vibrant plaidoyer pour les multinationales, appelées à être les pivots d’une nouvelle gouvernance mondiale « médéf-isée » en quelque sorte, alors que, je cite Michel Rocard, « les souverainetés nationales entrent dans la période de la nuisance ».

Bref, entre le règne des actionnaires et la démocratie, l’ancien Premier ministre socialiste a clairement fait son choix…

Sur le sujet, nous entendons également, il faut le reconnaître, le probable futur candidat du PS, Dominique Strauss-Kahn, que j’affronterai certainement au second tour de la présidentielle pour un débat passionnant projet contre projet.

Du côté du directeur du FMI, rien qui ne puisse faire frémir l’honorable institution qu’il dirige, mais bien des orientations qui vont toujours dans le sens de l’intérêt des puissances d’argent, contre les peuples.

Dans les pays qui ont à subir un plan du FMI en ce moment, je pense notamment à la Grèce où les pensions de retraite sont en recul de 7%, ou l’Irlande où le SMIC chute de 12%, les peuples savent ce que FMI signifie…

Mais revenons à notre affaire.

Le sentiment d’injustice que ressentent les Français est validé par les faits et les chiffres. Comme vous le savez, le partage de la valeur ajoutée, c’est-à-dire l’ensemble des revenus engendrés chaque année par l’activité productive, s’est sérieusement dégradé en 30 ans, au détriment des salaires.

Ces derniers représentaient plus de 75% de la valeur ajoutée au début des années 1980, contre 67% aujourd’hui, et même 56% seulement dans les grands groupes ! Les revenus du capital ont capté la différence. Un rapport publié par l’INSEE en mai 2009 montre bien cette évolution.

Ce même rapport démontre que jamais depuis la Seconde guerre mondiale, les propriétaires du capital, les actionnaires, n’avaient reçu une part aussi importante des bénéfices : 36%, contre 7% aux salariés (cinq fois moins), et 57% pour l’investissement. Ce n’est qu’une moyenne. Dans les grands groupes du CAC 40, la part qui revient aux actionnaires atteint presque 50%.

Le sentiment d’injustice ressenti par les salariés est partagé par les dirigeants des petites et moyennes entreprises, soumises à un impôt sur les sociétés de 33,33%, alors qu’en moyenne les entreprises du CAC40 parviennent à n’en payer que 8%.

Les répercussions de cette injustice fiscale et de la déperdition financière qui en résulte, pèsent lourdement sur l’activité de nos TPE et PME, ainsi que sur nos finances publiques.

Dans ce contexte, faut-il se résigner ? Faut-il se résoudre à l’immobilisme, imitant ainsi un gouvernement dépassé par les événements, et un ministère des Finances mené par la « toujours-satisfaite » Christine Lagarde ?

Faut-il appliquer les méthodes brutales et anti-sociales du futur candidat socialiste à la présidentielle ? Non, nous ne le croyons pas.

Nous ne croyons pas que la République française puisse se satisfaire d’une situation aussi injuste, où d’un côté les classes moyennes se paupérisent, où les personnes âgées se lamentent à juste titre pour l’avenir de leurs enfants et petits-enfants, quand de l’autre côté d’immenses profits semblent échapper à ceux qui légitimement y ont droit.

Le Front National a des solutions concrètes, crédibles et précises, sur ce sujet comme sur les autres.

Celles-ci passent largement par la mise en place de ce que nous nommons un « Etat stratège », qui soit capable de définir des priorités stratégiques pour l’avenir et de rebâtir une politique industrielle digne de ce nom, au profit de tous.

- En premier lieu, une meilleure répartition des richesses doit se faire au bénéfice des consommateurs, notamment des consommateurs de produits énergétiques en cette période d’explosion du coût de l’énergie.

Vous le savez, sous l’effet des crises arabes, sous l’effet de la spéculation, le prix du pétrole bondit, et se répercute sur les prix à la pompe.

Avec du sans plomb à plus d’1 euro 50 le litre en moyenne, avec le gazole qui approche cette barre, et le fioul domestique qui lui aussi coûte plus cher, la situation est intenable pour des millions de nos compatriotes.

Je l’ai déjà proposée, et la révélation des super-bénéfices du CAC 40 me renforcent dans cette idée : il faut faire participer les très grands groupes qui profitent de ce choc pétrolier. La TIPP, la taxe sur l’essence, représente en moyenne 60% du prix à la pompe pour du sans plomb. Il faut baisser la TIPP, j’ai parlé de 20% de baisse, et compenser cette diminution pour nos finances publiques par une surtaxe exceptionnelle sur les profits des grands groupes pétroliers et gaziers. Je vous rappelle que Total par exemple a fait 10,6 milliards d’euros de bénéfices en 2010, en hausse de 25% en un an. A terme, on peut imaginer un mécanisme d’ajustement automatique : quand le prix du baril augmente, mécaniquement la TIPP baisse, et les taxes sur les grands groupes augmentent en proportion. Et inversement.

Voilà qui permettrait de remettre de la justice dans un système qui fait peser l’intégralité de l’effort sur les mêmes, quand d’autres s’enrichissent de façon indécente, n’ayons pas peur de le dire. Voilà qui soulagerait les automobilistes français.

– Ensuite, concernant les grandes banques. Je vous le dis comme je le pense, je ne suis pas contente.

L’Etat pour le coup fut tout sauf stratège dans l’opération de sauvetage des banques en 2009, en refusant par dogmatisme de jouer son rôle dans la crise bancaire.

L’Etat aurait dû, comme en Angleterre, prendre le contrôle de grandes banques dont beaucoup disent aujourd’hui qu’on ne sait pas très bien ce qui s’y trouve au bilan…Cela aurait permis de faire un vrai audit de la situation de ces banques, de prendre des décisions dans le sens de l’intérêt général, et de récolter les fruits de cette politique sous forme de dividendes versés au budget de la nation.
Il s’agit d’une politique stratégique nécessaire, qui n’est pas gratuite c’est vrai, mais que l’Etat aurait pu rentabiliser rapidement par ces dividendes, et qui surtout aurait permis d’assainir le secteur bancaire et d’éviter les crises financières de demain.

Au lieu de cela, le gouvernement a fait du rafistolage, sans vision stratégique, sans assainir la situation, et a agi au bénéfice exclusif d’une petite poignée de banquiers.

Si l’on prend le cas de BNP Paribas, l’Etat a versé 5,1 milliards d’euros d’aides en avril 2009, prenant alors pendant 6 mois seulement 17% du capital, en refusant par ailleurs sottement de siéger au conseil d’administration et de voter !

BNP Paribas très vite s’est efforcé de rembourser à l’Etat cette aide, pour être totalement libre de reprendre ses petits jeux imprudents de spéculation. Le remboursement ainsi a eu lieu seulement quelques mois plus tard, en octobre 2009. Depuis, l’Etat a quitté le capital de la banque, contrairement je vous le signale à l’Etat belge qui en détient toujours 11%.

Aujourd’hui, BNP Paribas réalise près de 8 milliards d’euros de bénéfices, sur lesquels la nation se contentera à cause de cette faute stratégique d’un maigre impôt sur les sociétés, sans pouvoir toucher le moindre dividende. Le coût pour les finances publiques est immense.

La solidité du système bancaire n’est toujours pas assurée. La responsabilité de nos dirigeants politiques, englués dans leur idéologie ultralibérale, celle de l’Etat faible, est importante.

A mes yeux, cette affaire n’est pas terminée, et il faudra y revenir. Les grandes banques du CAC 40 devront être auditées de façon très précise par des missi dominici de l’Etat stratège que je propose au pays.

Il est notamment incroyable que l’on passe sous silence l’exposition des banques françaises dans les dettes des pays en quasi-faillite : Grèce, Portugal, Irlande, Espagne.

Les stress-test, tout le monde le sait, sont complaisants, et ne sont donc pas fiables. L’Etat devra jouer son rôle, d’actionnaire majoritaire s’il le faut.

– Energie, banques, vous le voyez il est possible d’agir tout de suite, efficacement et concrètement.

Plus généralement, nous devons d’urgence répondre à l’injustice sociale en incitant fortement à une répartition plus équitable des super-profits des grands groupes du CAC 40.

Comme le rapporte un article du Figaro du 21 février dernier, « les grandes entreprises cajolent leurs actionnaires », et devraient cette année leur verser des dividendes record, de l’ordre de 40 milliards d’euros, soit près de la moitié de leurs bénéfices, contre 37% en 2007.

On le voit, la situation dérape, au détriment du travail, de l’emploi et des investissements utiles au pays. Et d’après les analystes financiers, les dividendes devraient encore croître de 10% en 2012.

Parmi les champions des super-dividendes, il y a…Total, toujours elle, qui cette année va distribuer plus de la moitié de son bénéfice en dividendes, soit plus de 5 milliards d’euros, exactement ce que coûterait à l’Etat une baisse de 20% de la TIPP pour réduire les prix à la pompe.

Qu’il y ait des dividendes n’est pas anormal en soi. Ce qui est anormal, et osons le dire ce qui est indécent voire immoral aujourd’hui, c’est le fossé, le gouffre, qui s’est creusé entre ce qui est distribué aux actionnaires et ce qui revient au travail, à l’emploi et aux investissements productifs.

On ne peut pas laisser la situation continuer de se dégrader, et l’injustice prospérer. D’autant que cet argent versé au capital est souvent réinvesti dans des bulles boursières et spéculatives, et non dans l’investissement concret. Ainsi, par ce comportement irresponsable aujourd’hui, on prépare les crises de demain.

Pour agir efficacement, le Front National propose d’utiliser l’outil de l’impôt sur les sociétés. On pourrait envisager que son taux soit modulé en fonction de l’utilisation qui est faite des bénéfices.

Un impôt sur les sociétés plus lourd lorsque les bénéfices vont vers les actionnaires. Plus léger lorsqu’ils vont vers la participation, les salaires, l’emploi et l’investissement productif, permettant une relocalisation des activités. Il y a là une fonction incitative de l’impôt que nous devons utiliser.

Au sujet de l’imposition des entreprises, il faut évoquer ce monument d’injustice que constitue l’impôt sur les sociétés dans sa forme actuelle.

En moyenne en effet, les grands groupes du CAC 40 dont nous parlons ne paient que 8% d’impôt sur les sociétés, ayant la faculté de faire appel aux services de cabinets réalisant de l’optimisation fiscale, et sachant pouvoir compter sur la bienveillance des dirigeants politiques actuels. A l’autre bout, la masse des TPE et PME, artisans, commerçants, paient plein pot : 33,33%.

Cette situation a deux conséquences graves : d’abord, elle décourage nos PME, pénalise la valeur travail, l’entreprenariat, et renforce l’injustice. Ensuite, elle pèse lourdement sur nos finances publiques, en privant l’Etat et la nation de rentrées fiscales qui seraient les bienvenues dans le contexte actuel, pour financer la dette, les services publics, et la nécessaire construction d’un Etat fort.

Plusieurs pistes de solution existent :

– D’abord nous agirons avec détermination, parce que je vous le dis sans détour : il n’est pas question d’accepter le chantage de certains grands groupes qui exigent des ristournes fiscales pour ne pas délocaliser leur siège social. Ces grands groupes dépendent largement de l’Etat, par la commande publique, la réglementation, les efforts de notre diplomatie pour les aider hors de nos frontières : nous avons donc des leviers de pression à actionner si nécessaire.

Nous sommes en République, et ces grands groupes, qui ont parfois mis à leur tête des patrons voyous, doivent être bien conscients qu’ils ne sont pas au-dessus des lois !

– Ainsi, pour lutter contre l’optimisation fiscale des grands groupes et les tentations de délocalisation, il faut enfin éradiquer les paradis fiscaux qui servent à loger des profits qui échappent à l’impôt. Sur ce sujet, contrairement aux belles promesses, le G20 n’a strictement rien fait, au-delà de la communication et de la poudre aux yeux.

– Dans un souci d’efficacité et de justice fiscale, il faudra dans le même temps renégocier les conventions fiscales avec nos partenaires, ainsi que le régime fiscal de groupe, créé en 1988 : il faut savoir que le régime fiscal de groupe français est aujourd’hui le plus avantageux pour les groupes, concernant l’impôt sur les sociétés.

– Ensuite, il faut mettre fin aux dispositifs coûteux et parfaitement inefficaces, comme la « niche Copé », niche fiscale votée dans le projet de loi de finances pour 2006 alors que Jean-François Copé était ministre du Budget. Elle bénéficie presque exclusivement aux très grandes entreprises, en exonérant partiellement les plus-values encaissées par des personnes physiques ou morales en cas de vente de leurs filiales ou titres de participation détenus depuis plus de 3 ans.

A l’époque, l’actuel patron de l’UMP estimait qu’elle aurait, je le cite, un « coût extrêmement raisonnable », estimé à moins d’un milliard d’euros pour 2008. En réalité, le manque à gagner pour l’Etat s’est élevé à 22 milliards d’euros en trois ans !

Cette niche est un échec total, qui coûte très cher à notre pays chaque année et qui montre en réalité son vrai visage, celui d’un énième et injustifié cadeau aux amis du pouvoir. Je demande sa suppression.

– Enfin, en s’assurant ainsi que les grands groupes du CAC 40, gorgés de bénéfices, contribueront mieux au pouvoir d’achat, à l’emploi, à l’investissement et à la solidarité nationale, il sera possible de créer un impôt sur les sociétés progressif, donc plus juste, plus efficace, et allégé pour les TPE et les PME. Nous devons de toutes nos forces encourager les TPE et les PME !

Mesdames, Messieurs, vous le voyez, face à l’immobilisme du PS et de l’UMP, le Front National a des solutions.

Elles sont déterminées par quelques principes très simples, ceux de la République française : efficacité économique et prospérité pour tous, justice sociale, et incitation à l’innovation et à l’entreprenariat.

Elles passent par l’émergence d’un Etat fort, stratège, capable de définir un cap pour le pays, et de taper du poing sur la table quand nécessaire.
Je sais que ces propositions ne plairont pas à Madame Parisot, elle qui très régulièrement attaque notre programme économique, ayant fort justement compris qu’il était en rupture avec la politique du Medef, cette politique ultralibérale reprise par les gouvernements successifs.

Je sais en revanche qu’elles seront vues par nos compatriotes comme pleines de bon sens, comme un message d’espérance.

Je vous remercie.