Sécurité, souveraineté : les artisans de la débâcle n’ont pas à fêter le 18 juin

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Conférence de presse de Marine Le Pen – Nanterre – 18 juin 2010

En ce jour de commémoration nationale du 18 juin, comment ne pas souligner le paradoxe de la situation.
-Paradoxe d’une classe politicienne qui brandit les oriflammes des valeurs de résistance, adoptent les males accents de la puissance et qui dans le même temps précipite le pays dans ce que l’auteur de l’Appel du 18 juin décrivait comme « la Pente » puis « la Chute. »

-Paradoxe de l’inconscience d’un pays en voie de décomposition, en grave crise morale et identitaire qui s’avance vers l’avenir avec l’impression non avouée de glisser irrémédiablement vers le gouffre.

70 ans, jour pour jour après le 18 juin 1940, notre pays connaît une situation comparable à la sinistre débâcle de 1940. L’histoire serait-elle amenée à se répéter ?

Aujourd’hui, l’inaction des pouvoirs qui se sont succédés, auxquels a succédé un pouvoir porté davantage à l’agitation qu’à la résolution, a fini de sceller la trahison de la France par ses élites dirigeantes.

Celles-ci ont oublié qu’il n’est de politique que dans le mouvement et dans l’ordre.
Elles ont oublié le sacrifice consenti par des centaines de générations pour faire de nous ce que nous sommes. Elles ont ignoré qu’une nation pluirimillénaire dépassait leur propre destin personnel et que si la France est acte d’amour, une terre généreuse et un refuge pour les opprimés, c’est aussi une réalité charnelle, un peuple, une ambition nationale, une voix dans le monde.

D’accommodements en renoncements, d’imprévisions en capitulations, les intrigues de partis, les compromissions de circonstances et une pusillanimité partagée ont conduit à dissoudre la nation, d’abord dans de misérables ambitions personnelles puis dans des mots d’ordre et des constructions artificielles venus d’outre-France. Par des politiques qui feignaient de s’accommoder de ce qu’elles ne pouvaient ni prévoir ni empêcher, la caste dirigeante, liguée dans un même unanimisme mortel, a dénié à l’Etat les moyens de sa mission. De prétendues élites ont semé le doute sur la légitimité de nos valeurs collectives et, ainsi, progressivement, préparé les Français à sortir de l’histoire.

Un Etat-Nation en péril
La France endettée pour trois générations voit son modèle social s’effondrer sous l’effet d’une dispendieuse imprévoyance avec le risque d’un abandon des plus vulnérables des Français; la nationalité y a été ravalée au rang de situation administrative donnant droit à des avantages sociaux que l’on vient sans contrainte ni frein chercher du monde entier. Le vide moral du mercantilisme comme de l’individualisme prédateur nous a confirmé que le principal ennemi de la France reste l’argent et ceux qui en ont fait une fin en soi. Personne n’ignore que lorsqu’à l’âme de la nation se substitue un lien strictement matériel, s’ouvre alors le chemin dangereux de la désunion, de la discorde et l’épouvantable risque de la guerre civile.

Rationné dans ses moyens, empêchés par l’absence de volonté nationale et de courage politique, l’Etat déliquescent est en passe de perdre la bataille qu’il dit avoir engagé contre les féodalités et les mafias. Des territoires entiers de la République échappent à toute légalité ; ses agents chargés de faire respecter l’état de droit, malgré leur immense dévouement individuel, doutent de leur capacité à imposer partout le simple respect de nos lois et à faire triompher les intangibles valeurs républicaines, au premier rang desquelles la laïcité indispensable à la paix civile.

Progressivement de nouvelles légitimités s’insinuent dans les quartiers de nos villes et substituent la loi de bandes organisées à l’autorité légitime ; la Jamaïque avec ses quartiers révoltés pour protéger un narco trafiquant international, nous a donné le triste spectacle de ce qu’annonce cette inquiétante glissade.

Sur notre propre sol, le drapeau français comme nos emblèmes nationaux sont régulièrement profanés en public et, par la violence, remplacés à la moindre occasion par des symboles étrangers, Toulouse, Marseille, Villeneuve St-Georges en sont quelques tristes exemples. Des Français sont persécutés ou traités, dans leur propre pays, comme des citoyens de seconde zone à la seule raison d’être français, sans que cette inadmissible injustice n’émeuve ni les autorités publiques toujours impuissantes et souvent complices ni nos compatriotes invités à regarder ailleurs. Dans de nombreux endroits de France, nos ressortissants se voient de plus en plus obligés de subir la pression d’individus qui entretiennent avec une relative impunité mais par une violence diffuse une économie parallèle, ce qu’en d’autres temps on aurait qualifié de marché noir; des secteurs entiers du territoire sont également tenus de vivre sous de nouveaux interdits religieux ou des convenances de communautés cristallisées, organisées et parfois radicalisées qui nous imposent une véritable situation coloniale en décidant de vivre chez nous comme elles vivent chez elles, puis en nous imposant de vivre chez nous comme chez elles.

Très clairement, comme en 1940, certains croient pouvoir se comporter dans la France de 2010, comme une armée d’occupation dans un pays conquis.

Face aux périls intérieurs et extérieurs, nos dirigeants se pressent pour dissoudre les moyens de l’Etat dans l’illusion d’une prétendue modernité pourtant destructrice des écosystèmes humains et écologiques.

Les services sociaux sont dépecés, les biens publics pillés, les réserves dilapidées, les forces de sécurité publique démantelées. Faudra-t-il demain être abonné à une société privée de sécurité pour être secouru en cas d’agression, de vol ou de cambriolage ? Faudra-t-il demander à une armée étrangère d’assurer notre protection collective en cas d’atteinte à nos intérêts vitaux? C’est pourtant le modèle qui se met en place dans un pays qui a rompu avec le principe de souveraineté extérieure et intérieure.

La nomination il y a quelques jours d’un Préfet à la sécurité privée et l’information passée quasi inaperçue que ces forces de protection privée sont aujourd’hui supérieures en nombre à nos forces publiques, sont à ce titre tellement révélatrices.

Progressivement, avec un Etat résolu au rôle d’insipide médiateur, se généralise le règne d’une insécurité sociale et physique individuelle ou collective, très éloignées de notre douce France.

Une domination eurogermanique

A l’échelon international, là encore, la France subit un abaissement humiliant et dangereux.

Même s’il n’est pas possible de comparer l’actuelle République fédérale avec l’haïssable régime pangermaniste de l’époque, force est de constater que nous sommes revenus à une situation qui revient en Europe à ravaler la France au rang de vassal.

Des institutions euro-germaniques servent, sous le vocable de l’Union Européenne, de puissance tutélaire à une France financièrement, monétairement et même de plus en plus politiquement soumise.

Après son affaissement militaire de 1945 et sa division imposée, l’Allemagne a profité de son brevet européiste pour faire admettre sa réunification territoriale et politique; tranquillement, avec une constance à laquelle l’histoire nous a accoutumés depuis 1870, elle a retissé son hégémonique influence sur les pays d’Europe centrale. Par une politique maîtrisée de production dans des pays limitrophes, elle a mis a au service de son économie le dynamisme productif des peuples de l’Est, conservant pour elle les fonctions de direction et de conception. Par le biais de ses exportations, elle s’est octroyée au détriment des autres états européens une rente qui alimente son remarquable excédent commercial.

Certes, sa nouvelle domination n’est naturellement pas militaire et a été acquise loyalement par le travail, la rigueur et l’effort de tout un peuple. Mais cette situation dont sont seuls responsables nos piètres dirigeants, aboutit à un inquiétant résultat. La nouvelle donne géopolitique continentale autorise aujourd’hui la RFA à décider quasiment de notre politique monétaire, de nos orientations sociales, de nos mesures d’assainissement économique ; elle en arrive à déterminer jusqu’à la couleur de nos plaques d’immatriculation de nos voitures ou la taille de nos régions.

Le déséquilibre continental qui en résulte est d’autant plus préoccupant que nos dirigeants, avec une incompréhensible cécité, continuent d’ignorer l’axe Paris-Berlin-Moscou pourtant indispensable à la stabilité du continent.

La France se trouve dans la situation des pays économiquement vaincus avec pour seule perspective de rayonnement le piteux leadership sur les pays en voie de décrochage que la finance mondiale affuble du qualificatif méprisant de « PIGS. »

Une vassalisation atlantiste

A l’échelon supra européen, dans un silence quasi général qui en dit long sur l’érosion de la conscience nationale, nos dirigeants ont confié notre souveraineté militaire à une Alliance atlantique, direction militaire mondiale au service de causes qui ne sont pas les nôtres et qui contreviennent souvent « la loi d’airain de l’intérêt national. »

Mon ambition est d’incarner une ambition nationale

En cette commémoration du 18 juin, je suis venue dire que la situation de notre pays s’apparente à une débâcle, la Débâcle de 1940 : un pays vaincu économiquement, défait moralement, contesté à l’intérieur de ses propres frontières par des gens qui se comportent en véritable troupes d’occupation, vassalisée dans un ensemble eurogermanique.

Certains voudraient nous convaincre qu’il n’est pas d’autres voies que le fatalisme de la résignation, de la soumission et de la disparition.

Comme l’histoire nous l’a enseigné [de Jehanne d’Arc au Général de Gaulle], les échafaudages politiques construits sur la capitulation n’ont pas vocation à durer.

Nous voulons croire que la France peut renouer avec le redressement pour peu que puisse s’exprimer le génie de notre peuple. Ce sursaut suppose le remplacement de nos élites et un ressourcement national auquel nous appelons d’ores et déjà tous les Français.

Parce que nous avons vocation à incarner cette passion vivante de la France, notre projet porte une ambition, cette ambition, cette seule ambition est, en ce 18 juin 2010, celle de redonner à notre pays le souffle de la grandeur et sa place dans l’Histoire.

Et puisque c’est son jour, permettez-moi de paraphraser De Gaulle « le combat national, ça ne se commémore pas, ça se vit ».