Protections aux frontières : comment relancer l’industrie et l’emploi ?

/ 9 juin 2011 / Mots-clés : , /

Jeudi 9 juin, Marine Le Pen tenait une nouvelle conférence de presse thématique sur les « Protections aux frontières » :

Madame, Monsieur,

Je vous remercie de votre présence à cette conférence de presse. Après la répartition des super-profits du CAC 40, en mars, puis le pouvoir d’achat le mois dernier, nous poursuivons notre cycle de conférences de presse thématiques, qui détaillent le projet économique du Front National, projet dont les grandes orientations vous ont été présentées en avril dernier.
Aujourd’hui, nous allons traiter d’un sujet de première importance : les protections aux frontières, ou comment relancer l’industrie et l’emploi.

Ce sujet est essentiel à plusieurs titres. L’actualité d’abord nous rappelle combien il est nécessaire de contrôler ce qui entre sur notre territoire national : la présence de la bactérie mortelle Escherichia Coli dans notre alimentation pose la question des importations agricoles. Il y a quelques années souvenez-vous, c’était en 2008, des fauteuils importés de Chine causaient de terribles brûlures à leurs utilisateurs. Nous étions dans le même type de problématique : laisser grandes ouvertes les portes de la maison France nous expose à tous les risques, et à tous les dangers.

La question de la réindustrialisation et des protections aux frontières répond aussi à un objectif économique et social évident. 30 ans de libre-échange intégral, d’ouvertures complètes des frontières, plus que partout ailleurs dans le monde, n’ont pas produit de bons résultats. Bien au contraire : la France s’est massivement désindustrialisée, connaît depuis des décennies le chômage de masse, conséquence de cette désindustrialisation, et perd progressivement des parts de marché dans le commerce mondial.

Je précise tout de suite que je réfute totalement l’idéologie d’une « économie sans usines », qui ne vivrait que de services. Cette idéologie a fait long feu, nous l’avons d’ailleurs toujours vivement combattue au Front National même lorsqu’elle était à la mode parmi les élites. Il est évident que les services n’existent pas sans production, et sans industrie. Une économie vidée de ses ouvriers, de ses travailleurs, de ses ingénieurs, de ses cadres est une économie très faible, sans avenir.

Il y a donc nécessité absolue de réindustrialiser la France. Un rapport établi par le Ministère de l’Economie et des Finances en février 2010 a montré qu’en 30 ans, l’industrie française a perdu 1,9 million d’emplois, soit 36% de ses effectifs, et que son poids dans le PIB a reculé de plus de 10 points : de 24% du PIB en 1980 à 13% aujourd’hui. Ce rapport ne tenait pas compte des années postérieures à 2007, mais la dégradation s’est encore accélérée après : en 2009, l’industrie française a perdu 200 000 emplois ! C’est sous le mandat de Nicolas Sarkozy que l’industrie a historiquement perdu le plus grand nombre d’emplois. Le déficit des échanges de produits industriels s’est considérablement creusé en 30 ans : -15 milliards d’euros en 1980, et –54 milliards d’euros en 2007. On a d’ailleurs appris hier que notre déficit commercial a battu un nouveau record historique en avril : 7,14 milliards d’euros en un mois !
J’ajoute un chiffre très frappant : 57% des voitures vendues en France ne sont pas fabriquées dans notre pays, contre 43% en 1999.

Devant ce désastre économique, qui percute de plein fouet les croyances naïves des élites françaises sur la « mondialisation heureuse », il faut faire preuve de pragmatisme.
Alors s’il faut pour cela remettre en cause des dogmes, je suis là, et les Français peuvent compter sur moi. Comme toujours, je porterai haut et fort les débats que les autres ne veulent plus aborder. Je le fais sur la laïcité et les prières de rue, je le fais sur l’euro, je le fais sur la double nationalité, je le fais sur la morale publique et les solidarités de caste qui entourent les puissants, je le fais aujourd’hui sur la question des nécessaires protections aux frontières face aux ravages de l’idéologie du libre-échange total.

Pourquoi mettre des protections aux frontières ?

La question des protections aux frontières, c’est un enjeu économique, social, sanitaire et de sécurité pour notre pays. C’est le problème dramatique des délocalisations. C’est la question des salaires trop bas, parce qu’on a mis nos travailleurs en concurrence déloyale avec le monde entier, avec des gens payés trois fois rien. C’est la question de la promotion du « made in France ». C’est aussi la question du savoir-faire français, que je ne veux pas voir disparaître.
Comprenons bien une chose : les protections aux frontières, à côté d’autres politiques nécessaires, sont une clef pour bâtir un avenir français, et redonner à chacun de nos compatriotes, du chômeur à l’ouvrier, à l’ingénieur, une espérance nouvelle.

Cette question se pose tout particulièrement pour notre pays parce qu’il fait partie de l’Union européenne. L’Union européenne a deux caractéristiques.
Elle oblige d’abord, par ses Traités, au libre-échange total, sans aucune restriction, entre les pays membres. Fixée en 1957 lorsque l’Europe ne regroupait que 6 pays économiquement homogènes, cette règle s’applique mécaniquement à tous les Etats membres, aujourd’hui 27 pays, qui n’ont plus du tout cette homogénéité économique et sociale entre eux, notamment depuis l’élargissement à 10 pays de l’Est en 2004 puis à la Roumanie et à la Bulgarie en 2007. L’application stricte de cette règle vieille de plus de 50 ans ne va pas sans poser un certain nombre de problèmes bien sûr, nous y reviendrons.
Ensuite, l’Union européenne est la région du monde qui protège le moins ses frontières extérieures : droits de douane quasi inexistants, les plus bas du monde, démantèlement de tous les systèmes de quotas d’importation. En 2005, les derniers quotas imposés aux importations de textiles chinois en Europe ont été supprimés, ce qui a profondément bousculé l’industrie textile européenne, qui a vu déferler une vague chinoise.

L’Europe est donc dans une situation inédite dans le monde, elle mène une politique totalement isolée et unique au monde d’ouverture sans contrôle de ses frontières économiques, au mépris des règles élémentaires de sécurité et au mépris de notre croissance économique. Ce n’est pas un hasard en effet si l’Union européenne est la région du monde qui connaît la plus faible croissance depuis bien longtemps et qui se désindustrialise le plus vite.
Il faut sortir de cet isolement suicidaire et revenir dans le jeu mondial, profiter de la prospérité mondiale.

Cette situation de faiblesse a bien sûr été aggravée par la crise économique commencée en 2008. A ce sujet, j’attire votre attention sur ce qui constituera l’axe principal de la campagne du candidat Sarkozy pour 2012 : faire croire aux Français qu’il les a protégés dans la crise. Le thème de la « République protectrice » et du « président protecteur » sera omniprésent dans la communication de l’UMP et de Nicolas Sarkozy pendant les mois à venir.
Il ne s’agit que de mots et de formules électoralistes. Car les faits sont bien moins flatteurs pour l’action du gouvernement de Nicolas Sarkozy.

En effet, strictement rien n’a été fait pendant la crise et rien n’est fait aujourd’hui pour protéger les Français, l’industrie et l’emploi, alors que d’autres pays eux agissent. La part de marché de la France dans le monde est passée pendant le quinquennat de 4,5% à moins de 4%, alors que l’Allemagne, les Pays-Bas et l’Espagne ont maintenu ou accru leurs positions, selon une étude Flash Economie publiée en novembre 2010.

Des pays plus riches ou moins riches que la France, plus peuplés ou moins peuplés, agissent pour protéger leurs travailleurs et l’industrie. Ainsi, en septembre 2009, les Etats-Unis ont imposé une taxe de 35% sur les importations de pneus chinois pour soutenir leur industrie nationale du pneumatique. La Russie, nettement moins riche que la France, impose des quotas sur toutes les importations agricoles à destination de son territoire pour soutenir sa filière agricole nationale. Une taxe de 30% frappe les importations automobiles afin d’aider, avec succès, le développement de l’industrie automobile russe. En juillet 2010, le Brésil a voté la loi « Buy Brazilian » qui favorise les producteurs locaux dans les marchés publics. En 2009, ce même pays a décidé des taxes de 14% sur l’acier et les éoliennes importés. Le Canada, moins riche et deux fois moins peuplé que la France, réserve aussi ses marchés publics aux entreprises nationales : la société canadienne Bombardier a remporté un appel d’offre de la RATP en France, alors que Alstom, le français, n’a pas pu s’installer au Canada.
Le Royaume-Uni quant à lui promeut avec détermination le « made in England ».
Ce ne sont que quelques exemples, qui démontrent que d’autres pays agissent, protègent leurs frontières pour se réinsérer dans le jeu mondial et soutenir l’industrie et l’emploi. En France, rien ! Tout débat sur les protections aux frontières est interdit par la Caste au pouvoir, et l’idéologie ultralibérale continue de régner en maître, sous le haut patronage de Nicolas Sarkozy.

Le projet de réindustrialisation que je propose pour la France suppose notamment de corriger les effets nocifs de la concurrence internationale déloyale.
Lorsque des pays produisent des biens qu’ils nous vendent ensuite sans respecter aucune norme environnementale ou sanitaire, en faisant travailler des enfants ou des prisonniers, en offrant à leur population des salaires de misère 10 ou 20 fois inférieurs aux nôtres, en ne développant aucun système de protection sociale, il est évident que nos productions nationales ne peuvent résister. L’histoire industrielle récente de la France, qui est malheureusement l’histoire d’une vaste désindustrialisation, est celle d’une succession de faillites de secteurs liquidés les uns après les autres par cette concurrence déloyale.
L’étude du ministère de l’Economie et des Finances déjà évoquée estime qu’entre 1980 et 2007, 39% des emplois industriels détruits l’ont été du fait de cette concurrence déloyale. Etude après étude, ce chiffre est revu à la hausse. L’impact de la concurrence déloyale il y a quelques années encore était nié. Aujourd’hui il est admis mais certainement encore minoré. Il faudra attendre quelques années pour avoir une vision vraiment précise des choses.
La concurrence déloyale comme cause de la désindustrialisation a vu son « impact probablement renforcé » au fil des ans selon ce même rapport. Dans le secteur de l’automobile, les études montrent que la concurrence déloyale explique la quasi-totalité des destructions d’emplois, massives. Cette même étude précise qu’entre 2000 et 2007, 130 000 emplois ont été détruits par la concurrence déloyale, dont 120 000 du seul fait de la concurrence déloyale des pays émergents (en particulier l’Inde et la Chine).

De plus en plus d’économistes reconnaissent les folies du libre-échange total dans lequel l’Union européenne, et donc la France, se sont enfermées. Je pense à Pierre-Noël Giraud, Jean-Luc Gréau, Emmanuel Todd, Jacques Sapir ou le prix Nobel américain Paul Samuelson, entre autres exemples. Permettez-moi aussi de citer notre seul prix Nobel d’économie français, Maurice Allais, décédé récemment, qui affirmait dans son livre « la Mondialisation » : « Si toutes les politiques mises en oeuvre depuis vingt-cinq ans pour combattre le chômage ont échoué, c’est que l’on a constamment refusé de s’attaquer à la racine du mal : la libéralisation mondiale inconsidérée et excessive des échanges au regard des disparités considérables de salaires réels qui se constatent aux cours des échanges avec de très nombreux pays »
Il faut donc prendre le mal à la racine, et redresser la barre en traitant de front les problèmes. C’est pour cette raison que le projet économique du Front National propose de nous réarmer face à la mondialisation, alors qu’aujourd’hui nous sommes, seuls, totalement et volontairement démunis face à ses conséquences les plus nocives. Ce réarmement face à la mondialisation suppose un Etat stratège fer de lance de la réindustrialisation, la conquête de la souveraineté monétaire, et la création de protections intelligentes aux frontières.

Où mettre des protections ?

Certains proposent de créer au niveau de l’Union européenne ces protections aux frontières. Après tout, l’Europe a détruit nos frontières nationales ; on est en droit d’attendre d’elle des protections à ses frontières extérieures, sur l’économie comme sur l’immigration d’ailleurs.
Des protections aux frontières de l’Europe seraient une première avancée appréciable.

Mais il faut aussi avoir l’honnêteté intellectuelle et la franchise d’expliquer à nos compatriotes que l’Union européenne ne le fera jamais. Le rôle de protection qu’elle aurait pu avoir dans la crise supposait un retournement idéologique complet, qui l’aurait amené à désacraliser le dogme du libre-échange total. L’Union européenne ne mettra jamais de protections économiques à ses frontières d’abord parce que les Traités l’interdisent formellement. Et je peux vous dire que dans les hautes sphères européistes, il n’est pas du tout à l’ordre du jour de les revoir, malheureusement…
Ensuite, l’Allemagne ne veut pas de ces protections aux frontières de l’Europe. Elle qui profite de l’euro cher pour écraser ses concurrents européens, français et italiens notamment, n’a aucune envie de leur donner une arme pour leur permettre de se redresser. Pourtant, comme la France, l’Allemagne connaît de graves déficits commerciaux avec la Chine, et là-bas aussi des économistes appellent à la mise en place de protections aux frontières.
Enfin, il y a dans l’ADN de cette Union européenne l’ultralibéralisme et le libre-échange total. Cette philosophie inspire toute l’action et toutes les directives proposées par les commissaires européens. Dans les couloirs de Bruxelles, on n’aime pas l’Etat stratège. On vénère l’euro. On n’aime pas les protections. On ne parle d’ailleurs d’industrie que du bout des lèvres, et on est intimement persuadé que l’industrie en France et en Europe n’a plus d’avenir, qu’elle ne doit pas en avoir, et que c’est à la Chine et quelques autres pays d’être les ateliers du monde.

Il faut donc cesser de mentir aux Français en leur vendant des protections aux frontières de l’Union européenne, comme le fait vous le savez le Parti Socialiste dans son programme. Le PS trompe sciemment les Français parce qu’il propose des droits de douane européens tout en refusant de remettre en cause le Traité de Lisbonne, qui interdit formellement ces droits de douane…Quelle hypocrisie, et quelle démarche bassement électoraliste ! Vous remarquerez aussi que le Parti Socialiste passe son temps depuis des décennies, depuis Jacques Delors en fait, à nous promettre une Europe protectrice, une Europe sociale… A chaque fois, les Français ont vu que ce n’était que du vent !
L’économiste Jacques Sapir fait la même analyse que nous. Il ajoute comme nous que de toute façon l’absence de droits de douane au sein de l’Union européenne à 27 nous poserait de sérieux problèmes dans la mesure où nombre de délocalisations se font à destination des pays d’Europe de l’est qui sont dans l’Union européenne : République tchèque, Slovaquie, Pologne, Roumanie ou Bulgarie par exemple.

Notre projet de protections intelligentes aux frontières nationales est donc le seul honnête, le seul valable, le seul qui permette de placer la France sur un sentier de réindustrialisation, de croissance et d’emploi. Il n’a d’ailleurs rien d’extraordinaire quand on voit ce que font tant d’autres pays plus petits ou moins riches que le nôtre partout dans le monde ! Il faut vraiment être empêtré dans l’idéologie européiste ultralibérale jusqu’au cou pour s’étonner de voir la 5ème puissance économique mondiale que nous sommes, un pays de 65 millions d’habitants tout de même, prendre des initiatives énergiques pour son industrie et l’emploi !…

Propositions concrètes

Concrètement, ce projet s’articule autour de quelques propositions fortes :

– Au niveau international d’abord, il faut réorganiser les échanges commerciaux mondiaux. Je vous rappelle pour ceux qui l’auraient oublié qu’il y a eu en 1948 une tentative presque aboutie de mettre en place une Organisation Internationale du Commerce intégrée à l’ONU, par la Charte de la Havane, que la plupart des pays avaient signée à l’époque, et qui n’a dû son échec qu’au refus in extremis du Congrès américain de la ratifier. Négociés en 1947, les accords du GATT, provisoires, devaient être remplacés par cette Organisation Internationale du Commerce, pérenne. A cause du refus américain, le GATT a survécu jusqu’en 1995, date à laquelle l’actuelle OMC l’a remplacé.
Si je suis élue, la France portera au niveau international auprès de ses partenaires la Charte de la Havane et l’Organisation Internationale du Commerce, qui devra remplacer une OMC qui a totalement échoué, parce qu’engluée dans une idéologie ultralibérale et antisociale.
Les propositions de la Charte de la Havane s’insèrent en effet parfaitement dans ma philosophie économique. Je ne vous en cite que quelques unes : intégration du plein emploi dans ses objectifs, accent mis sur la coopération entre les pays, adoption de normes de travail équitables, contrôle des mouvements de capitaux, autorisation des aides d’Etat, autorisation des subventions dans certaines circonstances, interdiction du dumping. Bref, le libre-échange, que nous dénonçons, est remplacé par le juste-échange, beaucoup plus performant.

– Ensuite les protections aux frontières ce sont des droits de douane, ce que nous appelons des « écluses douanières », qui ne frappent pas de manière uniforme tous les produits importés, mais ciblées selon des critères intelligents et utiles.
Ainsi, les écluses douanières ne toucheront pas toutes les importations. Ayant un niveau de développement économique et social à peu près équivalent au nôtre, nos voisins européens, mais aussi les produits américains, ne seront pas soumis aux droits de douane. Les écluses douanières existeront à chaque fois qu’il y a aura concurrence déloyale, du point de vue social, sanitaire ou environnemental. Ces écluses douanières viseront à rétablir les conditions d’une concurrence saine, juste et stimulante.

En d’autres termes, plus un pays propose un niveau de salaire et de protection sociale en décalage avec son niveau de richesse global, plus les produits qu’il nous vend seront soumis à droits de douane. La Chine par exemple pourrait mieux payer ses ouvriers vu son niveau global de richesse. Elle ne le fait pas, et elle ne développe pas de protection sociale. Pire, elle fait travailler dans des conditions inacceptables enfants et prisonniers. Certains des produits qu’elle nous vend méritent donc d’être soumis à droit de douane, pour rétablir la concurrence juste que la Chine ne respecte pas.

Même chose concernant les normes sanitaires et environnementales : on ne peut pas accepter que des pays qui ne respectent aucune norme de sécurité et de respect de l’environnement nous inondent de produits dangereux pour notre santé et l’avenir de la planète. Dans ce cas là aussi, les écluses douanières se justifieront.

J’insiste sur cette idée : les écluses douanières sont là pour rétablir des conditions normales de concurrence quand celle-ci est déloyale, et qu’elle pèse donc sur notre prospérité et l’emploi.
Il n’y aura donc pas de droits de douane sur tous les produits, et les droits de douane seront de niveau variable. Ils pourront évoluer, voire disparaître, si un pays fait des efforts du point de vue social, sanitaire et environnemental. Ils pourront aussi être utilisés comme arme de rétorsion si nos produits sont injustement attaqués. Il n’y a pas de raison que nous soyons les seuls dans le monde à tout accepter sans jamais réagir.

Dans ce cadre, il n’y aura pas de droits de douane vis-à-vis des produits belges ou allemands, par exemple. Si nous avons des déficits avec ces pays, on ne peut pas accuser la concurrence déloyale. L’euro cher est en cause. Mais il faut aussi se donner les moyens d’une industrie plus compétitive, plus attractive, j’y reviendrai.
Pas de droit de douane non plus vis-à-vis des pays les plus pauvres du monde, africains notamment, parce que ces pays malheureusement n’ont pas les moyens de payer correctement leurs travailleurs et de leur offrir une vraie protection sociale.

L’argent collecté au titre des droits de douane ira, comme nous l’avons déjà dit, pour moitié à la réduction des déficits, et pour moitié au financement d’un système de protection sociale et de retraite que nous souhaitons le plus juste et le plus efficace possible. Nos économistes ont chiffré le rendement des droits de douane aux alentours de 30 à 40 milliards d’euros par an, sachant que nous importons chaque année pour 400 milliards d’euros de marchandises. Lors du chiffrage intégral de notre projet, qui interviendra au dernier trimestre de 2011 lorsque le projet de loi de finances pour 2012 sera connu, nous affinerons cette fourchette.

– Il y a d’autres outils de protections aux frontières classiquement utilisés par nombre de pays dans le monde on l’a vu : des quotas sur les importations (sottement, l’Union européenne les a supprimés en 2005 concernant le textile chinois), et l’application de normes sanitaires très strictes, qui dissuadent aussi la concurrence déloyale. La Russie le fait dans le secteur des fruits et légumes. Il n’y a pas de raison que nous restions nous les bras croisés alors que nos filières agricoles et industrielles sont injustement attaquées. Nous mettrons en place ces outils de protection en fonction des perspectives de développement de notre industrie.

– Ces protections aux frontières nous permettront d’aller dans le sens de la réindustrialisation de la France. L’Etat stratège que nous bâtirons réorganisera en parallèle des filières d’étude formant techniciens, ingénieurs et ouvriers pour permettre à l’industrie française de se reconstruire, d’être irriguée par nos jeunes talents, et d’être innovante et compétitive. Des filières industrielles seront soutenues par l’Etat, qui usera de ses différents moyens d’action pour pousser chercheurs du privé et du public, industriels et PME, à bâtir ensemble l’industrie du futur. Cette planification stratégique d’Etat nous permettra de nous remettre en ordre de marche.

– Dans le même temps, nous valoriserons par deux moyens les productions françaises : en lançant, comme l’Angleterre le fait, une vaste campagne de valorisation du « made in France », et en votant une grande loi « Achetons français » qui donnera priorité aux PME, et aux PME françaises, dans les marchés publics.

La valorisation du « made in France », des produits fabriqués en France sera l’une de nos mesures phares. L’Etat s’engagera puissamment pour mener une vaste campagne de valorisation de nos produits, en France et partout dans le monde. Notre savoir-faire, la qualité de nos productions seront mis en avant.

La grande loi « Achetons français » sera votée dans les premières semaines de mon quinquennat. Nos PME, nos TPE ont besoin d’être soutenues. Les petits doivent être défendus face aux gros. Et les PME françaises, parce que elles ne délocalisent pas, doivent être récompensées, reconnues pour ce qu’elles sont : le moteur principal de notre économie et de l’emploi.

Nous sommes très attachés à la pérennité, au développement et au rayonnement du savoir-faire français. Nous userons donc, vous le voyez, d’une vaste gamme d’outils pour le défendre partout.

– L’Etat actionnaire doit aussi jouer son rôle : dans les entreprises où l’Etat est présent au capital, une loi rendra obligatoire le recours prioritaire à des PME françaises.
Nous créerons aussi un cadre juridique destinée à soutenir les PME face aux grands groupes, notamment de la grande distribution, afin que cessent les pressions inadmissibles des gros sur les petits.

L’objectif de cette palette de propositions est très simple : la vitalité de notre industrie, le savoir-faire français, l’innovation et l’emploi. L’emploi, toujours l’emploi, guidera l’ensemble de nos décisions.

Je vous rappelle qu’en 2007, Nicolas Sarkozy avait promis un « small business act » à la française, pour favoriser les PME. Il ne l’a évidemment pas fait, c’est une de ses nombreuses trahisons. En fait, dès 2007 Nicolas Sarkozy savait qu’il mentait aux Français avec cette promesse qu’il ne pouvait pas appliquer, car interdite par l’Union européenne à laquelle il est volontairement soumis…

Question de l’innovation

On entend souvent dire qu’il faut répondre à la mondialisation par l’innovation, plutôt que de se préoccuper de protéger ses frontières.
C’est un mythe. Dire qu’il faudrait laisser grandes ouvertes les frontières à tous les vents de la mondialisation, comme on le fait depuis 30 ans, et se contenter d’avoir un train d’avance sur le terrain de l’innovation est une escroquerie intellectuelle. Les Chinois, les Indiens, les autres puissantes émergentes, ne sont pas plus bêtes que nous. Ils investissent énormément dans l’éducation, la formation et l’innovation, et nous rattrapent très vite sur ce terrain.

On ne pourra donc pas s’en sortir uniquement avec l’innovation, parce que nous aurons de moins en moins d’avance, quoi qu’on fasse. On le voit bien d’ailleurs : cette politique imprègne la doxa européiste, et elle échoue gravement.

Mais que les choses soient bien claires : s’il faut protéger nos frontières, cela ne veut pas dire qu’il faut cesser d’innover, bien au contraire, il faut en faire bien plus !
On n’innove pas assez en France par rapport aux autres pays, on n’investit pas assez dans la recherche et le développement. De ce point de vue aussi, le gouvernement de Nicolas Sarkozy est dans une situation d’échec grave.

Public, privé, tout le monde est concerné. Le mécanisme de crédit impôt recherche, coûteux pour les finances publiques, devra être réformé, afin d’éviter de financer des projets très beaux sur le papier, mais inexistants dans les faits. Il faudra instaurer une culture de l’objectif, de la mesure de la performance et du résultat dans la recherche publique et privée. Les filières d’études formant des ingénieurs devront être massivement soutenues, parce qu’on ne forme plus suffisamment d’ingénieurs chez nous. Il faudra dissuader nos jeunes ingénieurs de rejoindre les métiers non productifs de la finance et de la spéculation, au profit des métiers de l’innovation et de la production. Pour cela, un système de bourses d’étude avec comme contrepartie un engagement à travailler pendant une période donnée dans le secteur de la recherche doit être mis en place.

Conclusion : réponse aux objections, méthode et calendrier

Notre projet de réindustrialisation est donc cohérent et global. Il est bien sûr pensé au bénéfice de l’emploi et de notre industrie. Mais il a aussi l’immense mérite d’être une puissante incitation à ce que les pays émergents aillent vers un mieux social, un mieux sanitaire, et un mieux environnemental. C’est toute la planète qui en profitera.
En effet, nous l’avons vu, nos écluses douanières s’adaptent à la situation du pays : à mesure que les pays respectent une juste concurrence en augmentant selon les moyens dont ils disposent les salaires et la protection sociale, nos droits de douane diminuent. Même chose concernant le respect des normes sanitaires et environnementales : plus les pays respectent ces normes, moins ils sont taxés. S’enclenche alors un cercle vertueux dans le monde émergent, à l’opposé de la mondialisation débridée actuelle, la loi de la jungle, qui favorise l’écrasement des salaires, les productions de mauvaise qualité et la destruction de l’environnement.

Alors que sous le mandat de Nicolas Sarkozy près de 500 000 emplois auront été supprimés dans l’industrie, notre objectif est la création nette de 500 000 emplois dans l’industrie lors du prochain quinquennat, soit 100 000 par an. La philosophie que nous développons, et les mesures concrètes qui lui sont associées, permettent sans difficulté d’atteindre ce chiffre.

Je voudrais aussi répondre à deux objections récurrentes parmi les tenants des dogmes du libre-échange :

1. Les droits de douane feraient augmenter les prix.
C’est faux. Au contraire ce sera un gain de pouvoir d’achat. D’abord, on l’a vu, bon nombre de produits importés, la majorité, ne seront pas taxés. Concernant les produits taxés, il faut avoir en tête 2 choses : premièrement les distributeurs n’ont aucun intérêt à vendre plus cher, ils seront incités à rogner leurs marges sur ces produits, ou choisiront de les substituer par des produits fabriqués en France, non taxés. Deuxièmement, nous avons déjà précisé dans notre projet économique que nous mènerons une vaste politique pour lutter contre les ententes et les pratiques abusives de la grande distribution, marges avant, marges arrière, et le reste, qui sont les vraies causes de la vie chère. En parallèle de la mise en place des écluses douanières, cette politique de pression sur les centrales d’achat et la grande distribution aura un puissant effet à la baisse sur les prix.
Ensuite, un individu est consommateur d’un côté, mais aussi chômeur ou travailleur de l’autre. Notre projet de réindustrialisation, qui passe notamment par des protections aux frontières, permettra au chômeur de ne plus l’être, et au travailleur de voir son salaire augmenter. C’est un gain très important pour les consommateurs que nous sommes tous !

2. Ensuite, j’entends parfois que cette politique se traduira par des rétorsions de la part de nos partenaires commerciaux. C’est une façon abusive de présenter les choses, pour faire peur aux gens. D’abord, même élément d’explication : nombre de pays ne seront pas taxés. Ensuite, je ne vois pas pourquoi nous devrions prendre les choses dans cet ordre là : c’est nous aujourd’hui qui sommes agressés par une politique de concurrence déloyale, de la part de pays qui eux n’hésitent pas à protéger leurs frontières ! L’agressivité n’est donc en aucune manière de notre côté. Nous proposons très simplement de quitter l’état de léthargie dans lequel nous sommes et de nous saisir des armes que le reste du monde utilise. J’ajoute que les pays qui vendent chez nous n’ont aucun intérêt à mener des politiques de rétorsion : nous sommes pour eux un marché considérable, celui de la 5ème puissance mondiale, et notre influence politique est également une force qu’on doit utiliser.

Enfin, je terminerai par un point de méthode et de calendrier. Pour mener à bien cette politique de protections aux frontières et de restauration de notre souveraineté commerciale, le ministère des Souverainetés, dont je vous rappelle qu’il est un ministère technique transversal que nous créerons dès notre arrivée au pouvoir, sera à la manœuvre. Soutenu par une puissante volonté politique, il agira auprès de l’Union européenne et de l’OMC pour que la France porte son projet. Si comme c’est très probable l’Union européenne ne réagit pas, et reste dans sa politique de laisser-faire actuelle, il prendra les moyens juridiques nécessaires à la restauration de notre souveraineté commerciale, qui nous permettra d’agir au bénéfice de l’industrie et de l’emploi. Nous mènerons tout au long de ce parcours des négociations avec nos partenaires, européens et mondiaux. Nous enverrons des missions dans les pays qui ont déjà agi en ce sens pour s’inspirer du meilleur chez eux : Canada, Etats-Unis, Brésil ou Royaume-Uni, entre autres. Notre objectif est d’avoir mis en place à la fin de la première année du quinquennat la totalité de la gamme des propositions que j’ai faites aujourd’hui.

C’est par cette politique ambitieuse, et indispensable, par ce patriotisme économique que nous pourrons enfin arracher la France au triste sort que ses élites lui ont réservé. Nous placerons l’industrie française sur un sentier de croissance et de développement, parce que nous sommes persuadés que la 5ème puissance mondiale a un bel avenir industriel devant elle ! Ce projet d’espérance bénéficiera puissamment à l’emploi. Pour nous, il n’y a aucune fatalité, il n’y a que l’envie d’être pragmatique et de changer les choses, au bénéfice de tous les Français.

Je vous remercie.