Discours de Marine Le Pen à la convention présidentielle sur l'Ecole

/ 23 septembre 2016 / Étiquettes : /

Marine Le Pen clôturait, jeudi 19 septembre 2016, la convention présidentielle sur le thème de l’Ecole organisée par le Collectif Racine et le Collectif Marianne qui rassemblent les enseignants et étudiants patriotes :

Merci à tous,

Merci à l’ensemble des intervenants de cette journée consacrée à l’Education et à l’Enseignement supérieur,

Merci à tous ceux qui sont venus participer à ce débat d’idées, que nous voulions ouvert et franc.

Vous avez examiné une série de questions toutes aussi fondamentales les unes que les autres. Et je suis certaine que vos expériences personnelles ainsi que vos analyses ont éclairé la situation malheureusement dramatique dans laquelle se trouve l’Ecole de la République.

Vous portez aussi, j’en suis certaine, l’espoir d’un changement.

Je vais essayer de dresser un tableau plus général de la situation de l’Ecole dans notre pays. Je ne pourrai évidemment pas tout dire, pas tout évoquer aujourd’hui, mais ce n’est pas mon but. Le sujet est bien trop vaste.

Nous sommes d’abord ici pour donner une vision d’ensemble. Et nous y reviendrons pendant les mois qui viennent.

Le principal problème des mauvaises réformes de l’éducation, c’est que ce sont des bombes à retardement. Les effets ne se font pas immédiatement sentir.

Il faut environ 5 à 10 ans pour commencer à voir l’étendue des dégâts. Et là, il est déjà trop tard.

Sans compter que dix ans plus tard, les responsables sont aux abonnés absents. Entre temps, on a fait d’autres réformes, qui elles aussi mettront 5 à 10 ans à montrer leurs défauts.

Nous voyons actuellement les effets de la réforme Chatel de 2010, et ils sont alarmants. Je n’ose pas imaginer les effets de la réforme de Mme Vallaud-Belkacem qui se feront sentir dans quelques années.

Car ces bombes à retardement explosent pourtant un jour ou l’autre.

Je veux arrêter cette logique. Cette logique qui fait que depuis déjà 40 ans, depuis la réforme Haby en réalité, les soi-disant experts en pédagogie prennent l’Education Nationale pour un laboratoire du petit chimiste, où chaque docteur vient tester sa nouvelle pédagogie.

L’Education Nationale a été le plus grand cobaye de France.

Il serait temps qu’on laisse le cobaye se reposer. Et qu’on en revienne à des principes certes moins innovants, moins créatifs, moins branchés, mais plus stables et plus sûrs. L’école n’est pas un lieu d’expérimentation permanente.

Il va bien falloir à un moment que l’on admette que le temps des folies pédagogistes a trop duré.

Le constat est simple : cette expérimentation pédagogiste est devenue le dogme absolu du ministère de l’Education Nationale.

C’est un dogme porté par des gens qui, dans l’écrasante majorité des cas, n’ont jamais mis les pieds dans une salle de cours du primaire, du collège ou du lycée.

Ceux qui font les programmes, ceux qui imposent les réformes sont des experts en science de l’éducation.

Ils ont une ribambelle de titres, sauf le titre le plus important, celui de l’expérience de terrain.

Et ces gens-là viennent faire la leçon aux professeurs. Ils viennent leur expliquer ce qu’ils doivent faire.

Comme si les professeurs ne faisaient pas déjà constamment des essais de pédagogie, depuis leur première heure de cours, pour transmettre le savoir de la manière la plus efficace possible.

Les professeurs n’ont pas besoin d’expertises scientifiques, ils sont les vrais experts en ce qu’ils ont la meilleure expérience qui soit.

Ils ont au contraire besoin qu’on réaffirme un cadre, dans lequel ils vont pouvoir faire correctement leur travail.

Voilà pourquoi j’aime la logique des collectifs et de ces conventions : les idées partent du terrain, de la base, elles sont issues des expériences et des réflexions de ceux qui vivent au quotidien les sujets qu’ils traitent.

Si on veut reconstruire ce cadre, si on veut reconstruire l’Ecole de la République, il n’y a pas 36 solutions. Il faut en finir avec les dogmes.

En finir avec ces dogmes pédagogistes qui ont miné peu à peu toute l’autorité, toute la discipline, et plus grave encore tout le mérite personnel. Car c’est cela le drame : ce que les dogmes ont effacé, c’est la chose la plus essentielle de l’école, la chose à laquelle elle sert avant tout : la reconnaissance du mérite.

Nous n’avons qu’un objectif : en finir avec les dogmes, pour revenir au bon sens. Et donc pour revenir au mérite, puisqu’en matière d’éducation, le bon sens veut dire le mérite.

Je vais exposer trois dogmes avec lesquels nous devons rompre, et trois solutions concrètes que nous pouvons apporter. Je pourrais en citer d’autres.

Les Collectifs Racine et Marianne en ont proposé beaucoup, et de manière détaillée. Nous étudierons toutes ces propositions, mais trois me paraissent immédiatement s’imposer.

Dans le primaire tout d’abord.

Il faut en finir avec le dogme de l’élève qui créerait son propre savoir. C’est une expression qui a été un temps à la mode. Maintenant on l’utilise moins, mais la réalité est la même.

Un élève en primaire est d’abord là pour apprendre les fondamentaux.

Et ces fondamentaux, il les apprend d’un maître d’école.

Le primaire est une étape absolument essentielle. On oublie à quel point la maîtrise de la langue, aussi bien la lecture que l’écriture, est la condition absolue de l’apprentissage de tout le reste.

Et c’est le primaire qui se charge en premier de cette maîtrise de la langue. Lorsque le primaire n’assure plus son rôle, l’effet domino se fait sentir au collège, puis au lycée et même dans l’enseignement supérieur.

Rappelons qu’une étude de 2008 avait montré que le pourcentage d’élèves de CM2 faisant plus de 15 fautes à une même dictée avait doublé entre 1987 et 2007.

Imaginez la situation en 2016, après une décennie de dégâts supplémentaires !

Rappelons que ce sont 300.000 élèves qui, chaque année, entrent en 6ème sans une maîtrise suffisante de la lecture, de l’écriture et du calcul.

Rappelons que plusieurs universités ont mis en place des cours de remise à niveau en français, tellement le retard se faisait parfois sentir, sans compter les remises à niveau organisées parfois au sein même des grandes entreprises.

Comment voulez-vous progresser dans n’importe quelle autre matière sans ces deux facultés fondamentales que sont la lecture et l’écriture ?

Pour le primaire, nous avons un objectif clair et c’est la première réforme concrète que je propose aujourd’hui : 50% du temps d’enseignement doit être consacré à l’apprentissage du français en primaire.

Retrouver un niveau de lecture et d’écriture digne de ce nom, c’est la condition sine qua non pour redresser le reste de l’Education Nationale.

Il est impossible de juger du mérite d’un élève, dans une discipline, sans cette maîtrise fondamentale de la langue. Tous les professeurs qui ont été confrontés à une copie écrite dans un français atroce savent de quoi je parle.

La maîtrise de la langue est le fondement de l’école, tout autant que le fondement du lien social, et le cas échéant de l’assimilation.

Passons ensuite au secondaire. Dans le secondaire, il faut en finir avec un autre dogme, le dogme du collège unique. C’est le plus vieux des dogmes pédagogistes, puisqu’il a déjà 40 ans.

Le collège unique est devenu une machine à produire des frustrations.

Il se dit égalitaire. Mais il crée en réalité des inégalités cachées. Sauf qu’une inégalité cachée reste une inégalité quand même.

Vouloir à tout prix envoyer un enfant dans une formation générale jusqu’au lycée, c’est vouloir faire entrer tous les élèves dans le même moule, sans considérer leurs difficultés, sans considérer non plus leur rapport différent à l’école, sans prendre en compte la palette de leurs différents talents en considération.

A trop vouloir que tous les élèves soient tous les mêmes, on efface leur différence. On condamne alors des milliers d’élèves à se sentir écrasés par le collège.

Ecrasés parce qu’ils ne trouvent pas leur place.

Pire encore, on considère, de manière sournoise, que la voie professionnelle est une voie de garage, puisqu’on ne veut pas laisser des collégiens y accéder. Pourtant, la voie professionnelle peut être une voie d’excellence.

C’est notre objectif : créer une voie d’excellence vers le professionnel dès le collège. L’exemple de l’Allemagne le prouve.

Les hommes politiques citent souvent le modèle allemand, sans examiner ce qui marche et ce qui ne marche pas dans ce fameux modèle allemand. Eh bien voilà une chose qui marche!

L’enseignement professionnel en Allemagne est incomparablement plus valorisant qu’en France.

L’Allemagne se retrouve avec des ouvriers très qualifiés, des gens fiers de leur métier.

Ces élèves qui sortent très qualifiés de l’école vont ensuite pouvoir travailler dans les meilleures usines du pays, et leur mérite sera reconnu. Leur qualification, c’est leur meilleure arme sur le marché du travail.

Ma deuxième réforme concrète est donc la suppression du collège unique pour permettre de revaloriser l’enseignement professionnel.

Parlons enfin de l’enseignement supérieur.

Il faut encore en finir ici avec un dogme, le dogme de l’interdiction de la sélection.

Les universités sont obligées d’accueillir tous les bacheliers dans n’importe quelle filière, ce qui aboutit à des résultats désastreux.

Des amphis bondés, des conditions d’études déplorables, des élèves laissés sur le carreau, des années d’études perdues. Voilà le constat d’échec de l’université aujourd’hui.

D’ailleurs, il ne faut pas croire que la sélection n’existe pas dans le système actuel : il y a une sélection cachée, la pire de toutes : la sélection par l’échec.

On écrème, année après année, par l’abandon d’une partie des élèves. A la fin, évidemment, il ne reste que les meilleurs, les plus motivés. Mais au prix de quel gâchis ?

On a gâché des talents, qui auraient pu se développer ailleurs, par idéologie. On leur a fait perdre un temps précieux de leur jeune vie et il y a pire encore.

Comme elles ne peuvent pas sélectionner leurs étudiants, certaines universités, comme Toulouse 3, ont adopté le système le plus injuste et le plus inéquitable qui soit : le tirage au sort.

Imaginez-vous : un lycéen avec une moyenne de 5 en sport a donc autant de chance d’être admis en STAPS qu’un lycéen avec une moyenne de 18…Le tirage au sort est un cache-misère : comme personne ne veut assumer la sélection des élèves, qui est interdite, on s’en remet au petit bonheur la chance, qui sélectionnera à notre place.

Pour ceux qui ont été écartés malgré leur talent, « pas de bol » comme dirait François Hollande !

Je ne peux pas accepter une telle logique.

Permettre aux universités de sélectionner leurs étudiants, c’est d’abord leur redonner des marges de manœuvre.

C’est rendre plus efficace l’orientation des élèves.

C’est retrouver l’idée d’une excellence universitaire.

Il n’y a pas d’excellence possible dans un cours de licence surpeuplé, où les élèves sont des atomes noyés dans une masse énorme qui manque de motivation.

La sélection à l’université va libérer les énergies, créer la vraie égalité des chances, en détruisant le dogme de l’uniformisation, voilà pourquoi j’en fais une troisième réforme importante ce jour.

L’enseignement supérieur, c’est là où on commence à se spécialiser. Il est contradictoire de vouloir soumettre au même cadre des gens qui se spécialisent dans des filières différentes ! Je veux que l’université se redresse, pas qu’elle sombre.

J’aurais encore mille choses à dire.

Sur le contenu des programmes, sur les bourses au mérite, sur la sécurité à l’école, sur l’autorité du professeur, sur les conditions sociales des étudiants, vous en avez tous parlé cet après-midi et j’y reviendrai dans les mois qui viennent ; le ministère de l’Education Nationale est devenu une usine à expérimentations, plus farfelues les unes que les autres, et le sujet est presque inépuisable.

Mais mon discours serait trop long.

J’aurai l’occasion d’aborder à nouveau ces sujets. Je voulais d’abord vous faire saisir mon propos général et avancer sur trois réformes qui m’apparaissent immédiatement essentielles.

L’éducation doit se défaire des dogmes qui l’empêchent de fonctionner correctement.

Des dogmes qui sont devenus une prison pour tout le monde. Aussi bien les élèves que les professeurs.

Ces dogmes sont dangereux à plus d’un titre. Mais ils sont dangereux surtout parce qu’ils font disparaître ce qui est la boussole de l’enseignement : le mérite personnel.

Sans la possibilité de rendre justice au mérite de chacun, tout professeur est empêché de faire son métier. Il faut donner aux professeurs les moyens de pratiquer à nouveau leur métier, de pouvoir faire ce qu’ils font de mieux, c’est-à-dire tirer chaque élève vers le mérite le plus haut qu’il puisse atteindre.

En abandonnant les fondamentaux, en voulant niveler les différences, en empêchant de sélectionner, le système scolaire fausse toute l’échelle des mérites personnels. Il empêche à chaque talent de se développer.

L’école n’a aucune autre utilité que celle-là : donner à chacun la possibilité de faire valoir son mérite personnel là où il peut le faire, quel que soit son niveau social ou son lieu d’habitation.

La réussite de chacun est possible, mais pour cela il faut retracer la limite entre ce qui doit être absolument connu par tout le monde, et ce qui doit dépendre du parcours individuel.

Les fondamentaux d’un côté, l’expression des talents personnels de l’autre. Ce sont les deux jambes sur lesquelles l’éducation pourra avancer, et grâce auxquelles elle retrouvera son rôle.

Le retour de la valeur du mérite, qui est synonyme de justice, aura, j’en suis persuadée, des effets positifs bien au-delà de l’école, et bien au-delà de tous ceux que nous avons exposés aujourd’hui.

Je suis portée, et vous aussi, par l’espoir de voir à nouveau une grande école du mérite.

Vive l’Ecole de la République, et vive la France !