Recherche

Recherche et innovation : faire de la France une terre d'excellence

Grande nation créatrice, la France a vocation à développer une recherche fondamentale performante et une recherche appliquée technologique fructueuse. Pourtant, la France ne consacre que 2,15 % de son PIB à la recherche (46% à la charge de l’État et 54% du secteur privé). L’objectif doit être d’atteindre 3% du PIB d’ici 2017, afin de rejoindre les autres grandes nations industrialisées et émergentes. L’avenir économique du pays en dépend : notre industrie et notre agriculture doivent être en permanence irriguées par une recherche de qualité, dans une compétition mondiale où aucun ralentissement n’est permis.

 

ANALYSE

La France possède une longue tradition scientifique, illustrée, au cours des âges, par des cohortes de savants. Son école de mathématiques est l’une des meilleures, sinon la meilleure, du monde. Ses industries de haute technologie et ses laboratoires pharmaceutiques sont de réputation universelle. Derrière ce tableau encore brillant, une inquiétude peut légitimement se manifester. Des réformes ont été engagées sans véritable réflexion de fond et la qualité des évaluations est en baisse.

L’abaissement du niveau des connaissances scientifiques des lycéens et le manque d’engouement pour la recherche suscité par des méthodes pédagogiques inadaptées expliquent une partie du désintérêt manifesté par une part grandissante des étudiants pour la recherche. Le redressement de l’Ecole de la République constitue donc un premier axe de réponse pour tenter d’inverser une situation périlleuse pour l’avenir de la recherche française et de l’économie nationale.

Sans remettre en cause le système français des grandes écoles qui constitue la base même de l’élitisme républicain, il faut néanmoins souligner que celles-ci ne préparent pas suffisamment à la recherche et que le cloisonnement entre le monde universitaire et ces établissements d’élite nuit à l’éveil des carrières de chercheur parmi les meilleurs étudiants. Trop de diplômés des grandes écoles, y compris scientifiques, partent travailler dans la finance ou le commerce. De ce fait, la grande majorité des élites françaises reçoit une formation insuffisante à la recherche, à la différence des élites allemandes ou anglo-saxonnes. Ainsi, s’expliquent pour partie le manque d’innovation de nos entreprises et la diminution du nombre de brevets industriels. Il faudra donc inciter les grandes écoles à développer cette recherche qui permet l’ouverture des esprits et l’avancée de la société.

Le doctorat ne forme quasiment qu’aux carrières universitaires et de recherche et n’irrigue pas suffisamment la vie professionnelle dans le secteur privé et la fonction publique, contrairement ce qui se pratique dans nombre d’autres pays développés. Or, en dehors même des sujets travaillés, la recherche contraint à une discipline de soi-même qui apprend à faire preuve de persévérance, de créativité, de réactivité face à une situation inédite, mais aussi à poser et conceptualiser un problème, à chercher puis à trouver et à rédiger. Quel que soit le domaine exploré, les entreprises et les administrations ne peuvent que bénéficier de ces qualités et de l’apport d’un individu qui s’est astreint à un tel exercice.

Le gouvernement devra réunir dans des délais raisonnables des états-généraux de la recherche pour fixer les priorités, pour définir les grands axes stratégiques, pour déterminer et mettre en œuvre les réformes structurelles permettant un rapprochement entre grandes écoles, universités et organismes de recherche. Cette réflexion de fond réunira tous les acteurs de la recherche, sachant que la situation économique de la France est telle que l’augmentation souhaitable des crédits ne pourra intervenir que très progressivement. En attendant, des choix devront être faits et des priorités fixées. Néanmoins cette manifestation aura l’immense intérêt à la fois de sensibiliser la nation aux problèmes de la recherche et de montrer aux chercheurs tout l’intérêt que leurs concitoyens portent à leurs activités, parfois un peu austères.

La préparation de ces assises facilitera les contacts entre les chercheurs : le privé et le public doivent dialoguer au-delà des questions de statut, il faut que le fondamental et l’appliqué se complètent et que les sciences de la nature, de la société et de l’homme dialoguent. Les interactions sont une source de création de richesses à développer.

 

POSITIONS

L’augmentation de l’effort de recherche et de meilleures synergies public-privé, l’établissement de priorités nationales dans la concertation

L’objectif fixé est de porter l’effort de recherche national à 3% du PIB en 2017. Les contraintes budgétaires ne permettront qu’un accroissement limité et progressif des sommes consacrées à la recherche publique. C’est donc avant tout par une incitation forte du secteur privé à accroître ses objectifs que cet objectif pourra être atteint.

Une concertation élargie à tout le monde de la recherche, via l’organisation d’états-généraux en début de quinquennat, permettra de déterminer les grands domaines prioritaires de recherche sur lesquels les investissements les plus massifs devront être portés. La Planification Stratégique de la Réindustralisation fixera dans le cadre de ces états-généraux ses priorités, afin que les filières industrielles puissent déterminer et cofinancer les travaux de recherche qu’elles jugent les plus utiles.

D’ores et déjà, sans préjuger des résultats de ces états-généraux, l’effort de recherche nous semble devoir être porté sur des secteurs-clefs pour la compétitivité de l’économie et de l’industrie française dont notamment le développement d’énergies alternatives au nucléaire (énergies renouvelables, mais aussi l’utilisation de l’hydrogène), les biotechnologies et les nanotechnologies, en particulier pour ces dernières dans leurs applications médicales. En ce qui concerne précisément le secteur médical, l’accent sera porté sur, en plus de la lutte contre le cancer et les maladies cardiovasculaires, les maladies neurodégénératives, au premier rang desquelles la maladie d’Alzheimer.

Le budget de la recherche publique non finalisée sera progressivement augmenté lorsque la situation des finances publiques se rétablira, et les évaluations quinquennales des laboratoires seront rendues très rigoureuses pour définir le montant du renouvellement des aides.

La coopération entre la recherche privée et la recherche publique sera encouragée via le développement d’une logique de coopération transversale (en « clusters ») au détriment des logiques en tuyaux d’orgue. Les pôles de compétitivité existants feront l’objet d’une évaluation rigoureuse pour déterminer les progrès réalisés en ce sens et les blocages persistants. Les bonnes pratiques seront diffusées sous l’impulsion de l’Etat stratège.

 

Une logique systématique d’évaluation et de transparence

Afin d’améliorer le fonctionnement des grands centres nationaux de recherche, au premier rang desquels le CNRS, un audit sera réalisé en début de quinquennat par les services de l’Etat et des représentants du secteur privé afin de lutter contre les lourdeurs administratives et de mettre en place des modes de fonctionnement plus simples et dynamiques, adaptés à la compétition internationale.

Les agences de financement, à l’instar de l’ANR (Agence Nationale de Recherche), verront leur conseil scientifique élargi et seront appelées à plus de transparence sur les conditions d’attribution des aides qui devront respecter des critères strictement scientifiques et s’inscrire en conformité avec les priorités fixées par la Nation.

Une évaluation renforcée a posteriori des travaux de recherche permettra de simplifier a priori les dossiers et les procédures préalables

Les laboratoires pharmaceutiques, qui jouent un rôle crucial et reconnu dans la recherche sur de nouvelles molécule via notamment les coûteux essais cliniques préalables à l’autorisation de mise sur le marché seront considérés comme de véritables partenaires de la recherche médicale. Ils se verront dans le même temps contraints à une transparence maximale à la fois sur les programmes de recherche en cours et envisagés, mais aussi sur l’état d’avancement des différentes phases d’essai ; ils seront incités par l’Etat à développer des programmes de recherche sur les priorités fixées dans le cadre des états généraux de la recherche, mais aussi sur les maladies rares et orphelines, dans la mesure où la Nation est disposée à prendre en charge collectivement le coût élevé de traitement de ces maladies.

 

L’ambition rénovée de la recherche universitaire française

Les liens entre grandes écoles et Université seront encouragés via la multiplication des masters et doctorats communs afin de permettre une meilleure circulation des élites intellectuelles entre deux univers aujourd’hui trop cloisonnés et d’offrir des doubles diplômes permettant un passage plus souple dans le cadre de la carrière professionnelle entre l’univers de la recherche et celui des métiers plus opérationnels.

Les chercheurs de l’Université n’ayant rien publié pendant une période à déterminer selon les disciplines se verront proposés, sauf cas exceptionnel, une reconversion professionnelle vers les filières administratives, d’enseignement, ou de valorisation de la recherche.

Pour renforcer l’attractivité de l’Université, la place des établissements français dans les classements internationaux et l’intérêt porté par les meilleurs chercheurs étrangers, on encouragera la structuration de la recherche en réseaux pour développer des synergies, tout en donnant à chaque laboratoire de recherche reconnu par l’Etat les moyens de travailler efficacement.

Dans la même perspective, on généralisera le regroupement des universités en pôles de recherche et d’enseignement supérieur (PRES), pour favoriser leur travail en commun et améliorer leur lisibilité internationale.

Les meilleurs chercheurs étrangers seront attirés dans le cadre d’une politique d’immigration ultra-sélective exclusivement centrée sur les talents (l’objectif global est de ramener l’immigration légale de 200 000 titres de séjour par an à 10 000 en fin de mandat).

L’usage de la langue française sera favorisé dans les colloques et publications.