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La technocratie ou le piège des mots
La réforme de l’assurance maladie

En matière d’assurance maladie, la France n’a plus le choix. Sans réforme, le déficit passerait de 70 milliards de francs aujourd’hui à 190 milliards en 2010 et à 429 milliards en 2020. Pour y faire face, il faudrait alors, soit doubler le taux de CSG, soit diminuer de 21 % les taux de remboursement, qui passeraient alors en moyenne de 76 à 55 %. On serait donc en droit d’attendre dès aujourd’hui de vraies réformes de bon sens, en matière économique et démographique. Hélas, engoncés dans une vision technocratique du monde, les pouvoirs publics ne prévoient que la diminution des dépenses et la socialisation de la médecine. Pour s’en rendre compte, il faut dépiéger le vocabulaire.



1) On nous dit :


“Une grande accessibilité de l’offre médicale stimule artificiellement la consommation de soins.” Késaco ?


En clair, l’idée est que plus il y a de médecins, plus il y a d’actes et de consultations, et plus le système est coûteux. On cherche donc à diminuer les dépenses en revenant sur un des grands principes de la médecine libérale en France, la liberté d’installation des praticiens, en vertu de laquelle un praticien ayant obtenu son diplôme pouvait jusqu’à aujourd’hui exercer “en ville”. On va donc limiter encore le numerus clausus existant dans le cadre des études médicales et peut-être réduire drastiquement l’ouverture de nouveaux cabinets.

2) On nous dit :

“Il faut recomposer l’offre hospitalière pour l’adapter aux besoins de la population.”


Là encore, en clair, cela signifie que pour dépenser moins, il faut revoir la carte sanitaire, en diminuant le nombre d’établissements ou en réduisant le coût des services. On va donc encore une fois supprimer certains services maternité ou chirurgie, voire certains hôpitaux de “campagne” pour “réorganiser les soins au niveau départemental ou régional”. Le terme “réorganisation” masque une bien cruelle réalité. Celui de la révision à la baisse des moyens du système de soin public : les seuls résultats tangibles de cette politique seront d’allonger les trajets pour se soigner, et d’engorger encore un peu plus certains services, comme par exemple les urgences.

3) On nous dit :

“La recomposition passe par le décloisonnement entre l’activité libérale et celle des hôpitaux publics.”


Comment peut-on “décloisonner” ? En appliquant les règles du service public au privé, ou en appliquant les règles du privé au secteur public ? S’agit-il de libéraliser le secteur public ou de nationaliser le secteur privé ? Il est à craindre que cette solution ne soit retenue. Que les termes de “recomposition” et “décloisonnement” sont doux, lorsqu’il s’agit de transformer de façon plus ou moins directe les praticiens de ville (secteur libéral) en fonctionnaires…

4) On nous dit :

“Il faut ajuster les conditions de prise en charge.”

En d’autres termes, on considère que pour l’instant, les Français sont remboursés à un niveau élevé, entre 65 et 80 % (assurances complémentaires et mutuelles comprises). On commence donc à nous habituer à l’idée que la Sécu doit rembourser moins : la liste des médicaments remboursables va donc à nouveau être revue à la baisse, et les taux de remboursement des médicaments remboursables vont encore baisser. Voilà donc, là encore, le piège du mot “ajuster”.

5) On nous dit :

“Il faut assurer le retour à l’équilibre financier d’ici à la fin de la législature.”

Mais sans croissance économique et démographique, il est impossible d’assurer l’équilibre financier des organismes de protection sociale, puisque leurs recettes sont assises sur la masse salariale, c’est-à-dire l’emploi, lequel dépend à son tour du niveau d’activité et de la population active. Sans réforme d’ampleur, c’est-à-dire sans diminution de la pression fiscale, sans protection commerciale et sans politique familiale digne de ce nom, il est illusoire de croire que les comptes sociaux peuvent trouver un équilibre financier durable.

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