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D’un Chirac à l’autre...
Comment dire tout et son contraire
Chacun sait que le Président de la République est un spécialiste
du retournement de veste. En effet, au cours de sa vie politique, il a exprimé
des points de vue les plus divers sur tous les sujets, prenant chaque fois
cet air pénétré et convaincu qu’on lui connaît
pour asséner sa vérité du moment.
La construction européenne ne fait pas exception. Récemment
en effet, Chirac se félicitait de la construction d’une Europe
à géométrie variable. C’est plutôt l’Europe
qui devrait se féliciter d’un Chirac à géométrie
variable. Car sur le sujet, la juxtaposition des positions passées
et présentes du Chef de l’Etat est plutôt amusante....
1- Libre -échange, délocalisations
“Il est de fait que cette Communauté ...tend à n’être, aujourd’hui, guère plus qu’une zone de libre-échange favorable peut-être aux intérêts étrangers les plus puissants, mais qui voue au démantèlement des pans entiers de notre industrie laissée sans protection contre des concurrences inégales, sauvages ou qui se gardent de nous accorder la réciprocité” (Appel de Cochin, 6 décembre 1978)
“Il ne faudrait pas que se cristallise contre cette Constitution tout un ensemble de craintes, de peurs qui n’ont rien à voir avec elle” (TF1, grande émission avec 80 jeunes, 14 avril 2005).
Commentaire : entre 1975 et 2005, les emplois industriels sont passés de 6 millions à 3 millions, en raison des délocalisations et des cessations d’activités liées à une concurrence mondiale sauvage, parce que nous n’avons plus de frontières commerciales.
2- Chômage et emploi
“On ne saurait demander aux Français de souscrire ainsi à
leur asservissement économique, au marasme et au chômage”
(Appel de Cochin, 6 décembre 1978)
“La monnaie unique permettra plus de croissance et plus d’emplois” (Déclaration sur TF1 le 28 août 1996)
Commentaire : depuis la mise en place de la monnaie unique en 2001, jamais la croissance française n’a atteint 3% par an, chiffre pourtant modeste que nous atteignions jadis. Depuis 4 ans, le nombre de chômeurs n’a cessé d’augmenter.
3- L’élargissement
de l’Europe
a. L’Espagne et le Portugal
“L’admission de l’Espagne et du Portugal dans la Communauté soulève, tant pour nos intérêts agricoles que pour le fonctionnement des institutions communes, de très sérieuses difficultés qui doivent être préalablement résolues, sous peine d’aggraver une situation déjà fort peu satisfaisante” (Appel de Cochin, 6 décembre 1978)
“Lors de l’adhésion de l’Espagne et du Portugal, on nous disait déjà que ce serait la catastrophe. Cà n’a pas été le cas, voyons” (TF1, grande émission avec 80 jeunes, 14 avril 2005).
Commentaire : l’entrée
de l’Espagne et du Portugal a ouvert à ces pays notre marché
agricole, et réorienté vers eux les aides de la PAC, pénalisant
nos agriculteurs et nos pêcheurs, désormais en voie de disparition.
b. La Turquie
“Cette histoire d’élargissement de l’Europe est tout à fait absurde. (...) La Turquie, maintenant, est candidate. Demain ce sera le Zimbabwe !” (Jacques Chirac sur Antenne 2, 25 avril 1980)
“La Turquie donne plus de poids à l’Europe”
(TF1, grande émission avec 80 jeunes, 14 avril 2005).
Commentaire : 200 millions de musulmans en plus au cœur de l’Europe
! En effet, aux 100 millions de turcs s’ajoutent 100 millions de turcophones
(pays de l’Asie Centrale ex-soviétique), qui en vertu de la loi
turque, peuvent obtenir la double nationalité (celle de leur pays d’origine
et celle de la Turquie).
4- L’Europe et les
Etats-Unis
“Une Europe fédérale ne manquerait pas d’être
dominée par les intérêts américains. C’est
dire que les votes de majorité, au sein des institutions européennes,
en paralysant la volonté de la France, ne serviront ni les intérêts
français, bien entendu, ni les intérêts européens”
(Appel de Cochin, 6 décembre 1978)
“C’est en unissant nos forces avec celles de nos
partenaires européens que nous pouvons peser davantage sur la scène
internationale, pour le bénéfice de notre pays, de la sécurité
de notre continent, et de l’équilibre du monde tout entier”
(Déclaration du 19 avril 2005)
Commentaire : Dans le Traité, le fondement
de la défense collective des Européens et “l’instance
de sa mise en œuvre”, c’est l’OTAN. “La politique
de l’Union (...) respecte les obligations découlant du traité
de l’Atlantique Nord pour certains États membres qui considèrent
que leur défense commune est réalisée dans le cadre de
l’OTAN et elle est compatible avec la politique commune de sécurité
et de défense arrêtée dans ce cadre” (I-41-2).
5- Le poids de la France
dans l’Europe
“Nous disons non à une France vassale dans un empire de marchands,
non à une France qui démissionne aujourd’hui pour s’effacer
demain” (Appel de Cochin, 6 décembre 1978)
“Cette Constitution est fille de la pensée française” (TF1, grande émission avec 80 jeunes, 14 avril 2005).
Commentaire : si “l’empire de marchands” vise le libre-échangisme mondial et “la pensée française” la défense du modèle social néo-marxiste français, Chirac fournit au moins deux bonnes raisons de voter NON.
6- L’avenir
“Nous lutterons de toutes nos forces pour qu’après tant
de sacrifices, tant d’épreuves et tant d’exemples, notre
génération ne signe pas, dans l’ignorance, le déclin
de la patrie.” (Appel de Cochin, 6 décembre 1978)
“N’ ayons pas peur de cette Europe que vous avez pour avenir.(...)”
(TF1, grande émission avec 80 jeunes, 14 avril 2005).
Commentaire : Nous lutterons pour ne pas signer le déclin de la patrie et parce que nous avons peur de cette Europe que vous nous donnez pour avenir, monsieur Chirac.
7- Où va l’Europe
?
“Si, comme le veut M. Delors, on faisait une monnaie unique, il faut
bien que les Français sachent les conséquences... Nous n’aurions
plus de politique budgétaire nationale, plus de politique sociale indépendante”
(2 avril 1990, Emission Aparté de Pierre-Luc Séguillon)
“La sécurité sociale reste de compétence nationale” : (TF1, grande émission avec 80 jeunes, 14 avril 2005).
Commentaire : Une fois n’est pas coutûme, le Chirac de 1978 avait dit la vérité : les régimes complémentaires de sécurité sociale sont d’ores et déjà ouverts à la concurrence depuis 1992, en attendant les régimes légaux.
8- Pour un OUI et pour un NON
“C’est pourquoi nous disons NON.
NON à la politique de la supranationalité.
NON à l’asservissement économique.
NON à l’effacement international de la France” (Appel de
Cochin, 6 décembre 1978)
“Je voterai ‘oui’ parce que je considère que c’est l’intérêt de la France et de l’Union européenne” (TF1, grande émission avec 80 jeunes, 14 avril 2005).
Commentaire : sans commentaire...