La Vice-Présidente du FN répond au billet rédigé par Jean-Michel APHATIE sur son blog suite au passage de Marine LE PEN dans « Le Grand Jury » du 22 novembre.
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L’autre jour, en lisant le billet rédigé par Jean-Michel Apathie sur son blog, suite à mon passage au Grand Jury RTL, je m’amusais des réactions de ce journaliste. Mes propos n’auraient présenté, je cite, « qu’un lointain apparentement avec la réalité », je n’aurais pas rendu compte « de situations contrastées » parce que je n’aurais fait, toujours selon ce billet, qu’« une description apocalyptique de la société française »…
Je me suis dit qu’il n’y avait rien d’étonnant dans ces propos qui émanent d’un représentant du système politico-médiatique : quand on appartient au système, on est bien obligé de le défendre et de taxer tous ceux qui le remettent en cause de populisme, ou d’outrance. Rien de nouveau sous les projecteurs de notre star-système politique et médiatique.
Mais je me suis aussi dit que ces réactions traduisaient l’existence d’un problème plus grave et plus profond : nos élites, médiatiques, financières et politiques, ont manifestement perdu tout contact avec la réalité. Elles ne nous donnent plus l’impression de vivre dans le même pays que nous. Elles n’ont apparemment plus les moyens de se rendre compte de ce qui s’y passe. « Oui, tout n’est pas parfait, mais n’exagérons rien ! » nous disent-elles, comme si elles ignoraient ce que sont au quotidien les souffrances des Français.
Ne les voient-elles pas, ces files d’attente le soir à la sortie des supermarchés, constituées de Français qui n’ont plus rien, et qui sont obligés d’aller faire les poubelles ? Croient-elles vraiment qu’on voyait ça il y a encore 10 ans ? N’ont-elles pas réalisé que de plus en plus souvent, des événements de grande ampleur, qu’il s’agisse d’une rencontre sportive, d’une manifestation ou d’un rassemblement festif, se terminaient en émeute ? Sans parler de ces professeurs frappés par leurs élèves, de ces établissements scolaires où le savoir n’est plus transmis et d’où sortent des générations sacrifiées, de ces ouvriers et employés français qui se retrouvent chaque jour plus nombreux au chômage parce que leur usine a été délocalisée en Chine, en Roumanie ou en Inde ?Mais comment peut-on à ce point être coupé du pays, et reprocher d’en dire trop à ceux qui font simplement ce qu’on attend d’un responsable politique digne de ce nom : dresser un constat lucide, et proposer des solutions de bon sens ?
Ce pays, moi, j’ai l’occasion de le connaître et de l’arpenter. Je suis d’abord une élue locale, à Hénin-Beaumont, dans une terre difficile, celle d’un ancien pays minier qui n’en finit plus d’endurer une reconversion lente et douloureuse. Je suis aussi la candidate de mon parti dans une plus grande région, le Nord-Pas-de-Calais, où l’on a foi en l’avenir mais où l’on sait aussi ce que souffrir veut dire.
J’ai parcouru tous ces coins de France : village privés de services publics, lointaines banlieues déshumanisées, quartiers brutalisés par une délinquance toujours plus violente, centres-villes ruinés par le départ du petit commerce. J’ai rencontré beaucoup d’ouvriers à la sortie des usines, de retraités vivant dans des conditions plus que précaires, de laissés-pour-compte et de démunis, qui se sentent à juste titre abandonnés par nos élites, parce qu’elles leur font aujourd’hui l’injure de nier leurs problèmes, peut-être demain leur existence. Tous les jours, je reçois des témoignages de Français qui n’en peuvent plus.
Nos élites, elles, ne connaissent plus le peuple. Enfermées dans leurs ministères, leurs salons parisiens, allant de cocktail mondain en dîner en ville, elles ont fini par ne plus fréquenter qu’elles-mêmes, et voudraient aujourd’hui nous faire croire que les Français se trompent quand ils disent qu’ils souffrent. Eh bien je pense que cela doit nous amener à réfléchir à ce que sont devenues nos élites, parce que ce sont bien elles qui se trompent et qui cherchent à nous tromper sur la réalité du pays. La France a certes besoin d’élites, mais d’élites enfin renouvelées.
Comment faire en sorte que tout ce que la France compte de dirigeants, médiatiques, politiques bien sûr, mais aussi de chefs et cadres d’entreprise soient plus en phase avec la réalité sociale de notre nation ? C’est bien l’enjeu actuel : c’est aussi en permettant le renouvellement de nos élites, et donc l’ascension aux pouvoirs de personnes issues du peuple que nous parviendrons à faire changer les mentalités, et à éviter que toutes les positions importantes ne soient entre les mains d’une petite caste repliée sur elle-même.
Pour y parvenir, au Front national, nous avons des pistes.
Il faut d’abord assurer une plus grande diversité des profils dans les grandes écoles, celles qui forment les élites de demain. Seule la diversité sociale créera la diversité des opinions. Ce n’est pas en instituant la discrimination positive, qui consiste à donner des avantages et passe-droits à certaines catégories de la population en fonction de leurs caractéristiques ethniques, qu’on diversifiera les profils. Parce qu’un bien-pensant, qu’il soit noir, blanc ou jaune, reste d’abord un bien-pensant, incapable de sortir du moule idéologique dans lequel il s’est coulé. On aura des élites qui pensent différemment le jour où, de nouveau, on aura des élèves de grandes écoles filles et fils d’ouvriers, d’employés, de petits fonctionnaires. Pour cela, il faut cesser les programmes de discrimination positive, et au contraire permettre aux élèves doués des classes populaires de réussir, mais de réussir à la loyale, en les informant davantage ainsi que leurs parents sur les voies d’excellence, en facilitant l’accès au logement étudiant, et en augmentant les bourses sociales pour les plus méritants. Il faut aussi diversifier les profils des jurys de concours, en s’assurant que leurs membres ne pensent pas tous la même chose sur tous les sujets, comme c’est trop souvent le cas. L’élite uniforme se reproduit, c’est cette spirale infernale que nous voulons casser.
Il faut ensuite agir au niveau des élites politiques. Aujourd’hui, nos dirigeants font tout pour cadenasser le système, en bidouillant les modes de scrutin, en faisant disparaître l’élection à la proportionnelle. Ils ont pour objectif de vivre en vase-clos, entre gens de bonne compagnie, partageant la même opinion sur les grands sujets, qu’ils viennent de la gauche ou de la droite. Seule l’instauration de référendums récurrents et de la proportionnelle, notamment aux élections législatives, permettra de refléter enfin correctement l’opinion du peuple français. C’est ce que nous proposons, persuadés que nous sommes de la nécessité absolue de faire respirer la politique française, et de mettre en avant de nouvelles solutions, portées par de nouveaux responsables.Enfin, il faut des médias plus en phase avec la France. Trop souvent aujourd’hui, les élites médiatiques sont elles-aussi très loin des réalités du pays, parce qu’issues du même monde et liées de trop près au pouvoir.
Nous proposons une série de mesures pour apporter un peu d’air frais dans les médias. D’abord, il faut interdire aux grandes entreprises sous contrat avec l’Etat de posséder des groupes de presse ou des chaînes de télévision et de radio, pour redonner une liberté à leurs dirigeants. Ensuite, il faut renouveler la sélection à l’entrée des écoles de journalistes selon les mêmes principes que j’ai exposés tout à l’heure : plus grande diversité d’opinion, plus grande diversité sociale. Il faut aussi donner pour mission au CSA de faire respecter un vrai pluralisme des prises de parole politiques dans les médias. On doit y entendre toutes les opinions, dans les mêmes proportions, ce qui est loin d’être le cas aujourd’hui. Enfin, comment peut-on rester libre et objectif dans ses analyses quand on est éditorialiste depuis 30 ou 35 ans, et qu’on côtoie forcément depuis longtemps tout ce que la France compte de dirigeants ? Simplement par déontologie, et par la loi s’il le faut, il ne faut plus que ce soit possible, parce que journaliste n’est pas un métier comme un autre. L’influence qu’on a sur la population, et au final sur la démocratie, est trop grande pour qu’on puisse se permettre de tout tolérer.
Voilà nos propositions pour donner au pays des élites dignes de ce nom, plus proches de ses préoccupations, de ses angoisses, de ses souffrances, et donc plus à même de vouloir y répondre.












