L’art contemporain, le nouvel art officiel

Tribunes libres / 16 mai 2018 / Étiquettes : /

Tribune Libre d’Aurélien Legrand, Secrétaire départemental du FN Paris, Conseiller régional d’Île-de-France

Alors qu’en matière de politique culturelle il est souvent reproché au FN de vouloir jouer les censeurs chaque fois que nous nous prononçons publiquement contre l’une des nouvelles élucubrations que les exécutifs locaux cherchent à imposer à l’espace public ou à ajouter aux collections des FRAC, il est possible de leur rendre la pareille s’agissant du choix des œuvres.

Il apparaît en effet clairement aujourd’hui que l’ensemble de la commande publique et des subventions à la création artistique se concentre sur une portion très restreinte et clairement identifiable de la création contemporaine. Un courant artistique directement issu de l’héritage de Marcel Duchamp (l’urinoir devenu œuvre d’art…) et du courant dadaïste, et regroupé sous le vocable abusif d’ « art contemporain ». Un phénomène qui ne touche pas que les arts plastiques, mais aussi bien souvent (même si moins systématiquement) le spectacle vivant. Ce courant est également, en général, le seul à être enseigné aujourd’hui dans les écoles d’art.

Entre subvention, commande publique et enseignement privilégié, il est donc possible de parler aujourd’hui, s’agissant de l’art contemporain (que l’on dissociera de la création contemporaine, beaucoup plus large, et où l’on trouve heureusement quantité d’œuvres de qualité) d’un véritable art officiel.

Entre cette réalité de fait et ses liens étroits avec la spéculation financière, on est donc loin de la transgression tant mise en avant pour justifier son existence et son succès.

Mais pourquoi un tel succès parmi les élites ?

Au-delà des liens déjà bien connus avec la spéculation financière, il est utile d’avoir à l’esprit quelques éléments de réflexion supplémentaires pour expliquer le succès de l’art contemporain parmi nos élites.

Aujourd’hui, ce n’est plus l’œuvre qui fait l’artiste, mais l’artiste qui fait l’œuvre d’art : vous n’êtes plus un artiste parce que, grâce à vos talents, vous avez su créer une œuvre remarquable. Au contraire, c’est parce que la société vous a octroyé le statut d’artiste que tout ce que vous ferez pourra se prévaloir du titre d’œuvre. Ainsi, ce n’est plus le talent qui fait l’artiste, mais les relations sociales et le réseau : si vous parvenez à vous faire connaître en tant qu’artiste supposé, par mondanité, relations, fréquentation des lieux appropriés, etc., vous pourrez alors présenter n’importe quoi comme étant une œuvre d’art et en tirer un bénéfice marchant. C’est le versant artistique de la « peopolisation » de notre société.

Si Picasso savait dessiner aussi bien que Michel-Ange (oui oui), la plupart des artistes actuels n’ont aucun talent particulier, sauf peut-être celui du marketing. Un constat pratique qui permet à n’importe qui de se prévaloir de la qualité d’artiste, et donc de gagner de l’argent. Si cela est moins vrai en France, dans d’autres pays les galeries sont donc remplies d’œuvres de « fille, femme ou fils de… ». Des œuvres ensuite vendues à des acheteurs ayant des intérêts commerciaux et marchands à faire valoir auprès du « de » en question. Là encore, un art avant tout monétaire.

Pour comprendre une toile de maitre, il faut bien souvent posséder un certain nombre de références aux cultures antique, chrétienne ou historique afin d’en saisir pleinement le sens. Pas besoin de tels prérequis pour l’art contemporain. A l’époque où même les élites souffrent de la dé-culturation ambiante, cela est bien pratique. Il suffit de hocher la tête en se tenant le menton et en mettant à la suite quelques mots conceptuels pour donner l’impression d’être quelqu’un de profond. Ce marché ne nécessite pas non plus de connaissance particulière pour un collectionneur en dehors de celle des marchés financiers : quel artiste la spéculation va-t-elle faire monter, dans qui ou quoi faut-il investir pour paraître d’avant-garde. Inutile d’avoir la moindre notion d’histoire et d’histoire de l’art pour savoir qui et quoi acheter, les connaissances des mécanismes boursiers suffisent. Comme acheteur ou amateur, c’est donc un art facilement accessible pour pouvoir paraître intelligent.

Soit autant de facteurs qui expliquent le succès et le monopole public de ce qu’il est convenu d’appeler l’art contemporain, et qui permettent de comprendre pourquoi, sans changement majeur de politique culturelle, cela n’est pas prêt de s’arrêter.

Il est donc indispensable de rompre avec le monopole actuel de l’art contemporain et d’élargir le spectre de l’action publique, commande et subvention, à l’ensemble des tendances et à toute la diversité et la richesse de la création contemporaine. Le mécénat public a en effet un rôle moteur dans une politique culturelle. Il encourage les artistes et il donne à voir leurs œuvres au peuple. Il ne saurait être question de renoncer à ce rôle de l’Etat et des collectivités. Une véritable politique culturelle nationale ne doit pas être une politique qui subventionne moins, ou qui subventionnerait uniquement le patrimoine, mais une politique qui subventionne mieux ! C’est à dire qui subventionne tout le spectre de la création française, de l’artisanat d’art aux arts plastiques et au spectacle vivant. Tout le spectre et pas uniquement le faisceau étroit de l’art dit contemporain comme nous le subissons actuellement. Cette demande existe, d’orchestres classiques sans un sou, d’artistes figuratifs sans commande, de mise en scène traditionnelle sans théâtre. Autant de situations que nos élus rencontrent régulièrement, au contact des artistes, dans les collectivités. A nous, une fois au pouvoir, de satisfaire enfin ces demandes-là, d’en faire une priorité de notre politique culturelle, pour rattraper le temps perdu et les années de mépris condescendant d’une certaine élite, et enfin offrir toute la culture à tous les Français.

A cette condition seulement il sera possible de renouer avec une certaine logique du beau, avec une certaine recherche de sens, et ainsi ramener davantage nos compatriotes vers nos musées et nos salles de spectacle, fiers de constater que la France compte de nombreux artistes de talent, fidèles à son héritage, et qu’elle reste la grande nation des arts qu’elle ne doit jamais cesser d’être.