Quand la Justice achève l’emploi français

Tribunes libres / 2 juin 2016 / Étiquettes : , /

Tribune de Marie-Christine Arnautu, Vice-Président du Front National, Député français au Parlement européen

Jeudi 26 mai, le Tribunal correctionnel de Valence a relaxé l’entreprise Dentressangle (entreprise familiale française rachetée en 2015 par l’américain XPO : un exemple parmi tant d’autres du bradage de notre capital national…) des charges de « marchandage », de « prêt illicite de main-d’œuvre » et de « travail dissimulé », que portaient contre elle le Ministère public et de nombreux salariés de trois de ses filières.

En effet, plus d’un millier de chauffeurs roumains ou polonais, déclarés dans leur pays d’origine, travaillaient sur le territoire français comme chauffeurs de poids lourds, affirmant n’avoir de lien de subordination réel qu’avec l’entreprise française, puisque les instructions de travail venaient de France.

De nombreux chauffeurs quittaient leur pays plusieurs semaines pour ne percevoir chez nous que 60% du salaire des chauffeurs routiers français, soit un salaire inférieur au SMIC.

Il était évident, pour les victimes, comme pour le Ministère public qui avait requis de la prison ferme et des peines d’emprisonnement, qu’une légitime condamnation d’une entreprise qui s’était adonnée à une vaste opération d’exploitation humaine allait être prononcée, sauf que…

Sauf que, comme l’explique avec cynisme mais justesse l’avocat du transporteur : « le parquet s’est focalisé sur les textes de droit commun nationaux », mais que l’entreprise Dentressangle a agi dans « la stricte conformité » de « la réglementation européenne du transport » et, bouquet final, qu’ « il ne faut pas poser le débat en termes de dignité et d’exploitation des salariés, l’organisation de Norbert Dentressangle correspond aux us et coutumes du transport international… c’est la vraie vie. »

Vous avez bien lu : le droit national ne vaut plus rien depuis qu’il est supplanté par le droit européen ; quant à l’exploitation indigne de salariés, elle n’est pas à prendre en considération puisqu’autorisée par cette législation européenne supérieure !

Ces propos et la décision du Tribunal peuvent donner la nausée mais cet avocat n’a fait que dresser froidement la situation dans laquelle l’Union européenne, soutenue par les partis du Système, a plongé les salariés de tout un continent…

Pour eux, comme le dit justement l’avocat de Dentressangle, il y a la « vraie vie » : la « vraie vie » pour les salariés de l’est, c’est d’être exploités, la « vraie vie » pour les salariés français c’est d’être au chômage : si les transporteurs français assuraient la moitié des transports internationaux au départ ou à destination de France il y a 15 ans, aujourd’hui, en raison de ces pratiques ajoutées à celle des travailleurs détachés, ils en assurent moins de 10%.

L’Union européenne uniformise les conditions de travail… mais par le bas. Les Européens de l’est sont exploités, certes, mais heureux de pouvoir faire vivre leur famille grâce à leur modique salaire obtenu en Europe de l’Ouest. Restent en France des salariés sous-payés, quand ils ont la chance de ne pas être réduits au chômage. Faire travailler des esclaves pour vendre à des chômeurs, comme l’avait si bien résumé Marine Le Pen en 2012, ce pourrait être la devise de l’Union européenne…

Attention toutefois à ne pas mettre toutes les entreprises dans le même « panier ». Certes, si certaines profitent de la situation créée par l’Union européenne avec la complicité de nos gouvernements successifs pour maximiser leurs profits en réduisant la charge des salaires, d’autres, en lutte face à une concurrence étrangère inéquitable et une concurrence nationale déloyale, n’ont d’autre choix que de s’y résoudre quand plus d’un tiers des entreprises de transport est en difficulté financière, alors que le secteur des livraisons est pourtant en plein boom en raison de l’explosion des achats sur le net.

La conséquence, ce sont des milliers (plus de 20 000 officiellement pour les chauffeurs de poids lourds) d’emplois perdus, et pour ceux qui restent, la compression de leurs salaires, la suppression de leurs primes et avantages. Cette spirale déflationniste plombe notre économie et le pouvoir d’achat de façon massive puisque ce processus concerne la plupart des pans de notre tissu économique.

Quant aux caisses sociales, leur déficit se creuse d’autant, vidées d’une part par l’aide aux chômeurs, et d’autre part par le manque de cotisations salariales et patronales désormais versées dans les caisses d’Europe orientale.

Les dirigeants du Front National sont sans cesse taxés de pessimisme, accusés de « surfer » sur les malheurs des Français. Nous serions des charognards qui nous repaitrions de leurs malheurs en « agitant les peurs ».

Hélas, l’éloquent cas Dentressangle nous prouve que nous sommes encore en dessous de la terrible réalité : les orientations européennes suivies par nos dirigeants politiques depuis 30 ans ne facilitent pas l’exploitation, pire, elles la légalisent.

Et comment ne pas enrager contre les centrales syndicales censées protéger les salariés français, censées être indépendantes des partis mais en réalité si liées à eux qu’elles ont toujours soutenu les dérives européistes, encourageant leurs sympathisants à se prononcer favorablement à ces orientations quand la possibilité de choisir par les urnes nous avait été donnée.

Elles sont devenues expertes pour immobiliser de force la moitié du pays, par les blocages des trains, des transports urbains, des raffineries, des ports, gênant leurs compatriotes mais jamais leurs dirigeants, toujours promptes à défiler entre Nation et République mais jamais à bloquer l’Elysée, Matignon ou le Palais Bourbon. C’est pourtant contre ceux-là que la colère devrait se porter, eux qui ont tout sacrifié au Léviathan européiste…

Le Peuple français a prouvé tout au long de son Histoire qu’il sait se ressaisir. 2017 sera l’année de la prise de conscience… ou de l’aliénation définitive.