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Conférence de presse de Florian Philippot suite au dépôt de plainte du Qatar pour diffamation

Conférences de presse / 26 juin 2015 / Étiquettes : , /

Mesdames et Messieurs bonjour,

Merci pour votre présence à cette conférence de presse.

Comme vous le savez j’ai appris il y a quelques semaines -par voie de presse, justement- que j’étais poursuivi en diffamation par l’Etat du Qatar pour avoir eu l’audace de dénoncer, comme bien d’autres avant moi, les liens troubles entre cette dictature et l’islamisme radical, ainsi que les « rapports incestueux », je maintiens mes mots, entre ce même pays et une partie de la classe politique française.

Comme vous l’avez sans doute remarqué, je tiens ce jour, avec mon avocat -que vous connaissez tous, Me Gilles-William Goldnadel- une conférence de presse à l’heure initialement prévue de ma convocation par un juge du tribunal de Nanterre.

Nous avons donc décidé de ne pas nous y rendre, en excipant logiquement de mon immunité parlementaire, entendu que je suis député français au Parlement européen, et que je ne cesse pas de l’être lorsque je rentre sur un plateau télé ou dans un studio radio.

En outre, sur le fond de l’affaire qui nous intéresse, j’ai été amené à de nombreuses reprises à travailler, à voter et à m’exprimer dans le cadre de mon mandat, et de mes activités parlementaires, à Bruxelles et Strasbourg, sur le terrorisme international et l’islamisme radical. Et je ne suis pas le seul :

En octobre dernier, soit bien avant les tragédies de Charlie Hebdo, plusieurs députés de la délégation du Front National, dont Marine Le Pen, ont ainsi posé une question écrite sur les liens entre le Qatar et l’islamisme terroriste.

Au delà, à l’exception notoire du groupe européen PPE -c’est à dire l’UMP européenne- tous les groupes politiques du Parlement européen se sont interrogés, par voie de résolution, sur les moyens de régler les drames de Syrie et d’Irak en pointant explicitement les responsabilités du Qatar et d’autres pays, dans les financement des groupes djihaddistes, et notamment l’Etat islamique.

Entre le début de la mandature et aujourd’hui, des députés anglais, italiens, autrichiens, portugais et luxembourgeois ont porté des accusations semblables aux miennes. Et surtout, en juillet 2014, il y a bientôt un an, le Parlement a voté à la majorité une résolution sur la situation en Irak qui commence ainsi, je cite : « Considérant que l’État islamique s’est procuré d’importantes sources de revenus grâce au pillage de banques et d’entreprises dans les territoires qu’il contrôle, grâce à l’accaparement de six champs pétrolifères en Syrie, dont la plus grande installation pétrolière du pays, située à Al-Omar, près de la frontière avec l’Iraq, et grâce aux fonds qu’il a reçus de riches donateurs tels que, notamment, l’Arabie saoudite, le Qatar, le Koweït… »

La démonstration est donc faite que le Parlement européen a eu à traiter de ces questions éminentes, qui plus est dans un sens qui me conforte ! Comment dès lors considérer que reprendre cette parole officielle du Parlement européen, dans les médias français, ne serait plus à mettre au crédit du parlementaire que je suis ?

En réalité, c’est avoir une conception bien étriquée du mandat parlementaire que de considérer que ce que je dis hors des hémicycles n’en relèverait pas.

(Sur le ton de l’ironie) Et en même temps… puis-je en faire le reproche à un pays qui ne connaît pas, c’est le moins que l’on puisse dire, les principes de la démocratie et de la liberté parlementaire, puisque même les partis politiques y sont interdits ? J’accorde donc au Qatar, sur ce point, l’excuse de l’inexpérience.

Je fais d’autant plus valoir mon immunité parlementaire que si le juge venait à me la reconnaître, il devrait alors en demander la levée au Parlement européen et obligerait un vote, en plénière, qui mettrait chacun devant ses responsabilités. Que voteraient les députés de l’RPS ? Eh bien j’ai très envie de le savoir…Ils devraient choisir au grand jour entre la liberté d’expression et la dictature du Qatar.

Sur le fond, on ne compte plus le nombre d’articles de presse, d’enquêtes, de rapports, de déclarations officielles, françaises ou étrangères, mettant explicitement en cause le Qatar dans le financement des mouvements islamistes et djihaddistes dans le monde.

J’en cite quelques uns quand même : Marianne en 2012 qui publiait un dossier sur le soutien du Qatar aux mouvements djihaddistes dans le Sahel ou Courrier International qui publie en septembre 2014 une enquête intitulée « Qatar, club med des terroristes ». Point géopolitique sur lequel l’ancien sous-directeur de la DST pour la lutte contre le terrorisme lui-même, Louis Capriolli, s’est exprimé en dénonçant le financement de camps d’entraînement djihaddistes en Tunisie et en Libye par le Qatar.

Je vous renvoie également à une tribune du 20 janvier 2015 dans le journal Libération de Monsieur Jean-Marie Bockel, ancien ministre, sénateur, porte-parole de l’UDI, qui sur les mêmes bases que nous, a appelé à s’attaquer aux « parrains financiers du terrorisme », je le cite, en pointant du doigt le Qatar. Ou encore quelques jours après les attentats de Charlie Hebdo le 14 janvier dernier une tribune du politologue Thomas Guénolé dans Le Monde qui évoque explicitement le financement direct et indirect par le Qatar des terroristes islamistes.

Ce sont des centaines d’articles dans le monde qui ont été publiés à ce sujet, mentionnant notamment des rapports des services de renseignement français, américains, israéliens, et d’autres pays, sur les liens entre le Qatar et le djihaddisme ; parfois, ce lien est exprimé directement par la bouche même de dirigeants étrangers en exercice, comme l’ancien sous-secrétaire d’Etat américain au Trésor, Monsieur David Cohen, l’ancien Vice-président des Etats-Unis Joe Biden, ou récemment le ministre allemand de l’aide au développement Gerd Müller, dans une interview au journal ZDF parue en août dernier.

Bref, la liste est longue, et vous la connaissez mieux que moi.

Mes propos sont donc inattaquables sur le fond, car je ne dis pas autre chose que ce que des dizaines de dirigeants, de journalistes, d’experts et de spécialistes ont dit à ce sujet avant moi.

C’est donc nécessairement pour de basses raisons politiques que le Qatar m’intente aujourd’hui un procès.

Le but n’est d’ailleurs peut-être même pas de me faire condamner, ils savent très bien que cela est impossible – enfin dans la mesure où la Justice française est encore pleinement indépendante- mais de m’intimider, et à travers moi, tous ceux qui usent de leur liberté d’expression pour mettre en cause le Qatar et critiquer sa politique en tant qu’Etat.

C’est donc bien une question de principe, et une question grave, qui se pose aujourd’hui :

« Peut-on décemment laisser une dictature étrangère utiliser la Justice française pour tenter de faire taire, ou à défaut réduire la liberté d’expression d’un parlementaire, qui, si elle était atteinte, réduirait immédiatement celle des autres élus, des intellectuels, des universitaires, des chercheurs et des journalistes qui participent à une critique libre des Etats et font vivre notre débat public et démocratique ? »

Cette question de principe se reposera nécessairement au Parlement européen si mes collègues députés sont officiellement appelés à lever mon immunité. Vont-ils livrer un parlementaire français aux entreprises juridiques pernicieuses de la Dictature qatarienne ?

Je le dis avec beaucoup de solennité, il ne faut pas minimiser les atteintes à la Liberté d’expression, car il y a derrière, même si je ne suis pas condamné, une entreprise évidente d’intimidation qui, d’une certaine manière, a déjà fonctionné.

On compte en effet sur les doigts d’une main –allez, peut-être deux- le nombre de mes soutiens publics. Et l’on sent déjà que chacun prend garde, y compris parmi les journalistes, à ne pas se laisser aller dans des formulations potentiellement contraignantes ; on sent déjà une forme de retenue beaucoup plus grande lorsqu’il s’agit de critiquer, pourtant très simplement, la politique du Qatar, c’est à dire la politique d’un Etat étranger : chose banale en démocratie.

Je vous ferais remarquer que, dans le même temps où une plainte était déposée contre moi, le Qatar portait une virulente attaque publique, pleine d’intimidation, contre le Washington Post, parce que ce journal, dont la réputation est incontestable, avait eu le tort de lever dans ses colonnes le scandale des milliers de morts, parmi les ouvriers mis en esclavage sur les chantiers de la Coupe du Monde 2022 au Qatar. Je vous ferais remarquer que, dans le même temps où une plainte était déposée contre moi, un journaliste de la BBC était mis en prison parce qu’il enquêtait sur ce même sujet. Ce sont à l’évidence des méthodes de voyous, de la part d’une dictature qui ne tolère pas qu’on la montre telle qu’elle est.

Comment donc ne pas y voir une offensive coordonnée du Qatar contre la Liberté d’expression en général ? Pas simplement en France, mais partout où ses relais d’influence le lui permettent.

Et précisément, quelle est la réaction des politiques et des intellectuels en France ? Eh bien c’est le silence qui prédomine. Un silence de gêne. Un silence très inquiétant, qui révèle l’état de compromission de nos élites vis-à-vis du Qatar, qui a réussi, dans notre pays, une formidable mais consternante entreprise d’infiltration. Je renvoie d’ailleurs au livre de vos collègues Vanessa Ratignier et Pierre Péan : « Une France sous influence », à qui je conseille par avance mon avocat, en cas d’ennuis judiciaires…

Alors, à l’exception notable de quelques intellectuels tels Elizabeth Lévy, Alain Finkelkraut, mon avocat Me Goldnadel ou Thomas Guénolé, de quelques hommes politiques comme Bernard Debré, je veux le souligner, l’essentiel de nos élites se sont tues.

Pire, beaucoup plus nombreuses sont celles qui ont même défendu le Qatar en usant d’une argumentation proprement ahurissante ! Je pense évidemment à Mme Hidalgo, maire de Paris, qui a justifié son soutien au Qatar contre ma personne, en mettant en avant les combats supposés de cette dictature islamiste en faveur des droits des femmes et des homosexuels ; alors que, vous le savez mieux que moi, les femmes n’y ont aucun droit, et les homosexuels y sont condamnés au fouet et à la prison.

Il y eut aussi Mme Pécresse, qui refusa sur une radio de qualifier de « dictature » cette éminente démocratie à la pointe des droits de l’homme, qui vient pourtant de condamner un poète à 15 ans de prison pour ses écrits.

Je savais la classe politique française particulièrement lâche, mais je le confesse, pas à ce point.

Entre cette lâcheté des uns réfugiés dans le silence, et la servilité des autres, piétinant toutes les réalités pour défendre le Qatar et surtout ne pas donner le sentiment de soutenir le Front National, j’avais décidé d’écrire au président de la République pour en appeler à sa vigilance, face à ce qui m’apparaissait alors et m’apparaît toujours, comme une tentative d’instrumentalisation de la Justice par une dictature étrangère.

Dans cette lettre, je lui demandais également une audience. À ce jour, il ne m’a toujours pas répondu. Pourtant, je me dois de souligner qu’il est lui aussi directement impliqué dans cette affaire, ne serait-ce que parce que l’un des avocats du Qatar n’est autre que le sien propre : Me Mignard, également parrain de ses enfants, ancien candidat socialiste aux législatives de 2012 et actuel président de la Commission d’éthique du Parti Socialiste.

Ceci pose question et mérite une réponse, même insincère, ne serait-ce que pour réaffirmer l’indépendance de la Justice dans cette affaire qui voit, et c’est une première, un Etat étranger, gros client de la France (je rappelle la vente récente des avions Rafale à cette dictature), attaquer un parlementaire français. J’appelle donc solennellement le président de la République française à me répondre, et je réitère ma demande d’être reçu. Sa fonction ne lui appartient pas, et il a le devoir constitutionnel de la respecter.

Mais peut-être ne m’a-t-il pas répondu parce qu’il était bien trop occupé, le lendemain de la réception de ma lettre, à remettre en catimini la légion d’honneur au PDG de Qatar Airways… ce qui, en soi, est finalement peut-être bien une forme de réponse.

Je vous remercie pour votre attention, je laisse à présent la parole à mon avocat, Me Goldnadel.