Par Gilbert Collard, Député du Gard
Garde à vue ? Lieu d’enfermement désormais très huppé où l’on retrouve un ancien président de la République, un premier procureur général, coordinateur du code de procédure pénale, LexisNexis, un avocat général, enfin du beau linge dans de beaux draps.
Autant dire que la garde à vue devient chic ! Quel choc ! Vous me direz, on ne peut tout de même pas les entendre à Brégançon ? On peut oser se demander si un jour les juges d’instruction qui ordonnent la garde à vue n’iront pas eux aussi en garde à vue ? Qui gardera les gardiens ?
Est-il choquant qu’un président, des magistrats, hauts dans la toque, croupissent en garde à vue comme des petits pois dans la conserve coercitive ? Des justiciables comme les autres ? Certes, pas de doute ! La garde à vue pour tous ! À la condition que la mesure soit justifiée selon l’article 62-2 : Y a-t-il plusieurs raisons plausibles de soupçonner que ces notables ont commis ou tenté de commettre une infraction punie d’une peine de prison ? Est-elle l’unique moyen de poursuivre une enquête impliquant la présence de la personne concernée, de garantir sa représentation, d’empêcher la modification ou la destruction d’indices, la concertation, les pressions, de faire cesser l’infraction ?
Le placement en garde à vue d’un ancien chef de l’Etat est une décision inédite. Il faut un commencement à tout, même à la fin. L’avenir dira si le revenant de la garde à vue peut briguer un jour la magistrature suprême ? On peut en douter ! Il y a des salissures dont on ne se lave pas, même en politique.
On mesure la puissance légalement destructrice des pouvoirs des juges.
À voir que certains atterrissent dans nos geôles, on peut légitimement s’angoisser, non ? Seule question : cette violence était-elle légitime au vu des conséquences sur la dignité des fonctions en cause ? Si oui, rien à dire, si non, l’horreur ! Pour des raisons humaines et pour des motifs qui concernent la dignité des pouvoirs: désormais, aller en garde à vue, c’est se retrouver avec des juges et un ancien président de la République. On ne pouvait pas tomber plus haut pour les mauvaises fréquentations…