Accueil

Le site officiel du Front National (FN)

Inflation et planche à billets

Tribunes libres / 15 décembre 2013 / Étiquettes : , /

Article Gilbert Collard et Jean Goychman

Il est des mots dont le seul prononcé génère l’inquiétude et la réprobation, sans qu’on sache vraiment pourquoi. Inflation, dévaluation, récession et déflation sont de ceux-là.

L’Union Européenne se caractérise, sur le plan économique, par ce qu’on appelle le libéralisme.

On peut (grossièrement) le résumer à la volonté de faire disparaître l’action de réglementation des pouvoirs publics afin de laisser le « marché » (en fait les banques et assimilés) libres de toutes contraintes imposées. Chacun fait ce qu’il lui plaît, et comme ledit marché est réputé « autorégulateur » (il devrait se corriger de lui-même en cas d’excès) et les braves gens peuvent lui faire confiance.

Cette conception est relativement récente (à partir des années 1950 environ) et s’est directement opposée à celle qui prévalait un peu partout dans le monde après le « tsunami » financier de la crise de 1929. Plusieurs économistes étaient persuadés que le fait d’avoir accordé trop de liberté au marché l’avait mené à sa perte par manque de retenue notamment sur les marchés boursiers et que les Autorités publiques devaient reprendre les choses en mains. Elles devaient notamment contraindre les banques à la prudence. Cette politique a été fortement inspirée par un économiste anglais : JH Keynes qui avait l’oreille de Roosevelt.

Afin de faire redémarrer l’économie américaine, l’état fédéral, au grand dam des libéraux, a financé de grands programmes d’équipements. Des autoroutes, des barrages, des aéroports furent ainsi construits. Dès la fin de la guerre, un économiste américain nommé M Friedman, a violemment critiqué le « new deal » de Roosevelt en disant que ces grands travaux étaient sans effet sur le chômage et ne pouvait générer que de l’inflation. Friedman était un « monétariste » qui enseignait, au travers de la NEC, (Nouvelle Ecole Classique) que, après une courte période d’embellie de l’emploi, le chômage remontait avec l’inflation. Son principal argument venait de son analyse de la crise économique des années 70 qu’il mettait sur le compte d’une forte inflation, notamment des cours du pétrole.

Il établissait en théorie un lien entre l’inflation et l’utilisation de la « planche à billets » et donc le fait que la création monétaire (usage de la planche à billets) favorisait le chômage. Si on poursuit son raisonnement, les états doivent donc s’interdire la création monétaire et diminuer leurs budgets pour les rendre progressivement « squelettiques » Selon Friedman, les dépenses d’un état libéral ne devaient pas dépasser 15% du produit intérieur brut (PIB)*. Les dépenses de l’état français s’élèvent actuellement à 57% du PIB. Lorsque l’état ne génère plus assez de recettes pour payer ses dépenses et ne peut plus faire de création monétaire, il à encore le choix entre 2 solutions :
– Emprunter sur les marchés privés et s’endetter
– Diminuer les dépenses publiques

Comme il est difficile de diminuer les dépenses publiques qui sont essentiellement des prestations sociales, les dirigeants politiques ont choisi d’endetter leurs états avec le succès que l’on connaît en Union Européenne. Cette dette devenant intenable assez rapidement en raison des intérêts qu’elle génère, la solution des réductions des dépenses reste la seule issue.

Ainsi donc, la lutte contre l’inflation, jugée prioritaire pas les libéraux doctrinaires de l’Ecole de Chicago, autre nom de la NEC, conduisant au retrait de leur droit de contrôle de leur monnaie au profit des banques centrales, ne peut que les conduire à une augmentation du chômage et à la récession.

Certes, l’inflation est maîtrisée, les prix n’augmentent plus, les banques sont satisfaites car les intérêts perçus sur les dettes ne sont plus « mangés » par la baisse des cours des monnaies. De plus, ces dettes augmentent considérablement car les états doivent emprunter pour payer les intérêts.

On peut alors parier que la prochaine étape sera celle d’une récession, (diminution du produit intérieur) qui conduira à la déflation qui est une baisse généralisée de tous les prix.
Autant l’inflation entraine chez les clients un empressement à acheter avant que le prix n’augmente encore, autant la déflation freine les intentions d’achat. C’est ce phénomène que les économistes craignent le plus, car l’arrêt progressif de la production et des ventes est un phénomène qui devient vite incontrôlable. Le chômage peut alors augmenter d’une manière considérable, les prestations sociales versées augmentent alors de la même façon et la dette suit le même chemin car les rentrées d’impôts se tarissent en même temps que les dépenses augmentent.

La lutte contre l’inflation, critère essentiel de la politique monétaire libérale, doit-elle être poursuivie avec un tel acharnement ?
La question mérite d’être posée. D’autant plus que les propos de Friedman sont démentis par les faits : La Reserve Fédérale américaine mène depuis plusieurs années une politique dite de « quantitative easing » qui consiste à imprimer des milliers de milliards de dollars et malgré cela ni l’inflation, ni le chômage ne semblent augmenter aux Etats-Unis.

*Le produit intérieur brut d’un pays est un indicateur de tout ce qui est produit dans ce pays. Il représente la valeur ajoutée totale des biens et des services produits sur un territoire national. Il est utilisé pour mesurer la croissance économique du pays.