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Agro-écologie : pas de transition sans protectionnisme intelligent

Communiqués / 12 juin 2013 / Étiquettes : , , /

Communiqué de Leif Blanc, délégué national à la ruralité, l’agriculture et l’environnement

Stéphane Le Foll a rendu public hier le rapport « Produire autrement » consacré à la mise en place de nouvelles pratiques agricoles plus respectueuses de la santé des consommateurs, des agriculteurs et de l’environnement, mais aussi plus économe en énergie, tout en maintenant la productivité et les emplois. Les solutions proposées, synthétisées par l’INRA, sont issues des expériences menées ces dernières décennies par des agriculteurs et des scientifiques. Une partie de ces nouvelles techniques ont déjà fait leurs preuves, d’autres sont très prometteuses.

Faire de la France le leader mondial de l’agro-écologie : l’objectif du ministre est louable, mais il se heurte à la situation économique catastrophique d’une majorité de filières. Les chiffres de l’année 2012 montrent un déclin de toutes les productions animales (poules pondeuses exceptées, mais ce après plusieurs années noires), tandis qu’une majorité d’agriculteurs ne parviennent plus à vivre décemment de leur travail. Les seuls aides incitatives évoquées par Stéphane Le Foll ne sont pas suffisantes pour assurer la transition si rien n’est fait par ailleurs pour obtenir des prix rémunérateurs et lutter contre le dumping social et environnemental de nos concurrents. Tant qu’il sera possible d’importer en France des denrées que l’on n’a pas le droit d’y produire, chaque nouvelle norme continuera d’éroder un peu plus notre capacité de production au seul bénéfice de pays aux réglementations plus souples. Tant que les agriculteurs seront dans l’impossibilité de revaloriser leurs productions face aux géants de l’industrie agroalimentaire et de la distribution, ils peineront à réinvestir le l’argent et le temps nécessaires à la maîtrise de ces nouvelles techniques de productions.

Silencieux face au dumping allemand et incapable de faire appliquer la hausse des prix du lait négociée par ses services, Stéphane Le Foll n’a pas les moyens de ses ambitions. Il sait par ailleurs que son gouvernement et son parti soutiennent la mise en place du traité de libre-échange transatlantique dont les négociations commencent. Il sait que ce traité, taillé sur mesure pour les multinationales du courtage de matière première, de l’agro-industrie, de l’agroalimentaire et de la distribution amorcera dès 2015 une dérégulation sans précédent du secteur par une mise en concurrence sauvage de l’agriculture européenne et américaine. Il sait que cette nouvelle donne est à l’opposée de la transition que prône son rapport sur l’agro-écologie car elle implique la concentration des exploitations, l’industrialisation totale de l’élevage, le recours massif aux monocultures, aux pesticides et aux OGM. Il sait que la PAC, de convergences internes en convergences externes, tend, comme c’est déjà le cas en Allemagne, à la mise en place d’une prime unique à l’hectare, abdiquant ainsi toute volonté publique d’équilibrer les productions entre elles. Il sait que nous assistons à l’émergence d’une agriculture à deux vitesses : l’une, ultra-industrialisée et ultra-majoritaire, destinée à la consommation de masse, l’autre, minoritaire et artisanale, destinée à ceux qui ont les moyens et le temps de s’offrir ses produits. Il sait que quand les multinationales auront définitivement mis la main sur la première, il aura tout le loisir de régner sur la seconde sans embêter personne… Le ministre est nu, mais il ne faut pas le dire.